Le Pic Vert moqueur
Accueil du site > • Série : Monseigneur et le petit chemin > Une histoire de petit chemin (7) : Quand les bornes de la malveillance sont (...)

Bornés

Une histoire de petit chemin (7) : Quand les bornes de la malveillance sont franchies, il n’y a plus de limites

lundi 23 février 2009, par le Pic Vert

Réunion de conseil municipal agitée à l’Hermitière [1]. En cause, la dernière trouvaille du maire : après l’élagage-saccage de cet été sur le chemin des Gasseaux, au niveau du Petit Cautier, un bornage. Pourquoi pas ? Les bornes de la malveillance ont déjà été franchies, il n’y a plus de limites.

Épisodes précédents : Une histoire de petit chemin ou comment changer un chemin creux en route pour poids lourds avec quelques tonnes de pierres en y baladant des riverains depuis deux lustres et suivants.

Ce qu’il y a de bien avec Monseigneur, c’est qu’il ne cache pas ses intentions.

Récemment, le couple Bernard-D., propriétaire du Petit Cautier reçoit un courrier d’un géomètre : celui-ci propose une date pour procéder au bornage du chemin côté maison à la demande du maire. On a vu, cet été, que le bornage dûment réalisé côté opposé n’avait pas empêché l’élagueur de bousculer les bornes.

JPEG - 96.7 ko
Rare borne survivante, dénudée, après « élagage » du sol.
JPEG - 97.8 ko
Débris de borne hâchée par « l’élagage ».

Maintenant, il s’agit pour le maire de permettre aux véhicules de circuler au ras de la maison en détruisant ce qu’il reste de la haie qui la borde et constitue un rempart, certes dérisoire, mais rempart malgré tout.

JPEG - 69.4 ko
A droite, la haie d’origine.

Les Bernard-D. s’enquièrent de la délibération qui prescrit ce bornage. Sont-ils devenus tâtillons, eux qui pèchent plutôt habituellement par excès de confiance ?
C’est qu’ils viennent d’être échaudés.
Dans le recours qu’ils ont adressé au tribunal administratif contre la délibération annulant la déviation du chemin, le maire avait argumenté qu’il n’y avait pas de délibération portant sur la création de ladite déviation. Et il a gagné. Il ne faut pas confondre engagements de maire et délibération. Un engagement de maire a un statut de promesse d’ivrogne. Seule la délibération existe aux yeux de l’Administration.

JPEG - 47 ko
Les documents de ce type n’ont aucune valeur.

Le maire a donc convoqué une réunion, le 20 février 2009, pour délibérer.

Christine D. et Alain Bernard, auxquels le maire accorde la parole, demandent si ce bornage va permettre une protection minimale de leur maison contre les vibrations et l’humidité.
Celle-ci augmente de façon alarmante dans le mur longeant le chemin devenu à demi “troglodyte” par l’action communale.
De nouvelles fissures apparaissent ici et là.
Le maire répond, en substance, qu’il n’en a rien à faire de la sécurisation de leur habitation, qu’il s’en contrefiche, que ce n’est pas son problème.

A Alain Bernard qui demande à quoi va servir ce bornage puisque de toute façon, le compte n’y sera jamais pour que l’exploitant agricole fasse circuler ses plus gros engins, à moins de détruire soit le mur de la maison, soit le talus, Monseigneur répond :
- « Il y a litige, et quand il y a litige entre la commune et un particulier, on borne. »

En entendant ces mots, une croquante de l’assistance explose :
- « Et la “gâre” au pied du château, quand allez-vous la faire borner ? s’écrie-t-elle » (voir Quand le château a bouché la gare).
- « La “gâre”, elle est là la “gâre”, s’énerve Monseigneur-maire, la mèche en bataille, et puis d’abord, je ne vous ai pas donné la parole ! »
- « Et les tonnes de terre avec lesquels vous l’avez bouchée cette “gâre” pour vous emparer du terrain ! » insiste la bougresse.
- « Je n’ai rien pris, je ne me suis emparé de rien », ose Monseigneur-châtelain avec cet aplomb qui est sa marque de fabrique.
Quelques conseillers s’agitent, fusillant de regards désapprobateurs l’administrée qui se permet d’accuser leur chef bien aimé.

Comment pourrait-il y avoir un litige entre Gilles du Buisson de Courson maire et Gilles du Buisson de Courson châtelain ?

Alain Bernard tente une dernière mise en garde :
- « Ce bornage qui va coûter de l’argent aux contribuables est totalement inutile, je tenais à le préciser avant que vous vous prononciez. »

Olivier Rouillon répond avec morgue :
- « On avait compris, on n’est pas totalement idiots. »

Ce qu’ils ont compris, c’est que ce chemin est la chasse gardée de Monseigneur et qu’il n’est pas question d’y mettre son nez [2].

Et que le bornage ne sert qu’à faire endêver le Petit Cautier.

La confirmation arrive d’ailleurs très vite.
Puisqu’ils sont réunis, autant en profiter. Le maire distribue le projet de budget qui doit être adopté à la prochaine réunion.
C’est la première fois depuis que Monseigneur est maire qu’on assiste à un tel événement : il explique ce qu’est un budget, à quoi il sert, comment il faut le lire. Et il laisse une conseillère, Françoise Placquet se livrer à l’énumération des chiffres, aussi fastidieuse qu’inutile en l’absence d’explications. Disons que cela a bien commencé, la conseillère commentant chaque poste, mais qu’elle a vite abandonné l’exercice, pourtant du plus haut intérêt.
(L’ouverture n’ira pas, comme cela se pratique dans certains conseils, jusqu’à distribuer les papiers aux quelques administréEs qui assistent au conseil afin qu’ils puissent suivre. Entre les “chefs” au-service-de-la-population et la “piétaille” administrée, le fossé se doit d’être profond.)

Bref, on en arrive au poste “Entretien des chemins”. Denis Le Grezause, le responsable de la commission ad’hoc, énumère les chemins sur lesquels de gros travaux sont nécessaires (réfection, écoulement des eaux) ainsi que l’estimation du budget (assez coquet) à y consacrer. Pas un mot sur le chemin des Gasseaux.

Ecoeuré, Alain Bernard se lève, parle de pantalonnade et quitte les lieux.

Eh oui, malgré toutes leurs déconvenues, ce couple de manants se fait (se faisait ?) encore des illusions sur l’intérêt et l’impartialité de ces éluEs-là pour la quiétude et la sécurité de tous leurs administréEs, sans exception.

Le jour où l’espoir les abandonnera, cela risque d’être terrible.

Lire la suite....

Notes

[1] le 20 février 2009

[2] Toutefois, comme lors du bornage côté talus, c’est le responsable de la commission Voierie qui sera présent.

8 Messages de forum

  • Mais alors si le compte n’y est pas, à quoi ça sert de borner ? Qui va payer cette dépense ? Pourquoi toute l’équipe vote oui à une action sans issue ?

    Cette position du conseil est questionnant ? Il va falloir aller chercher ailleurs une explication à cette situation. À moins que quelqu’un d’averti donne la clef de l’énigme.

    En résumé le chemin est trop étroit, l’exploitant le reconnaît et demande un élargissement indépendamment de l’élagage.

    La réponse de la commune est de borner et c’est tout.

    Quelle hauteur de vue des problèmes et quelle anticipation ! Dormons tranquille les affaires de la commune sont bien gérées par l’équipe en place et par le responsable voirie !

    Répondre à ce message

  • Cet article est le 7e d’une série. Comment voulez-vous, cher pic-vert, intéresser les lecteurs si vous ne sortez pas un nouvel épisode régulièrement. À moins que tout soit rentré dans l’ordre. Si c’est le cas sortez au moins un épilogue en espérant que le dénouement soit heureux.

    Une nouvelle série pour l’hiver ?

    Répondre à ce message

    • Cher monsieur, chère madame,
      Vous n’êtes pas seulE à réclamer la suite du feuilleton du chemin des Gasseaux, ne vous inquiétez pas, l’intérêt des lecteurs ne faiblit pas.
      Le comte va-t-il réussir à chasser les roturiers Bernard de leur maison ?
      Quelle malveillance a-t-il encore inventé pour leur agacer la vie ?
      Comment se mesure la patience des autres usagers du chemin, pris entre le marteau et l’enclume ?
      Le destin des « conseillers » de Monseigneur est-il de se comporter en éternels godillots ?
      Vous le saurez bientôt...

      Répondre à ce message

        • Le Pic Vert se réjouit de la grande culture historique de ses lecteurs.
          Mais pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi des études d’histoires, un commoner est une personne qui a droit de vaine pâture. Une pratique qui avait cours à l’époque féodale et ultérieure qui serait absolument subversive sur le domaine de De Courson.
          La vaine pâture est un droit d’usage qui permet de faire paître gratuitement son bétail en dehors de ses terres, dans les bords des chemins, les friches, les terres nues de leurs cultures, les bois de haute futaie, les taillis de plus de 4 ou 5 ans.
          Envoyez donc paître votre troupeau dans les bois de l’Hermitière, vous allez voir ce qui va arriver...
          Cette époque bénie date du Moyen Âge et a perduré sous l’Ancien Régime.
          Selon Wikipédia, « à l’époque féodale, le propriétaire d’un terrain en perd l’usage après la moisson (ou la première coupe pour une prairie). Les chaumes, le regain appartiennent à la communauté et peuvent être utilisés librement par quiconque. Il en est de même pour les terres sur la sole en jachère.
          Cette pratique a permis pendant longtemps aux plus pauvres de la communauté d’entretenir du bétail (une ou deux têtes maximum) même sans posséder de terre.
           »
          Ou sur l’Encyclopédie Universalis :
          « Anciennement, après la levée du foin ou de la récolte, les troupeaux individuels ou collectifs pouvaient parcourir toutes les parcelles sans que le propriétaire de celles-ci puisse s’y opposer ; mais chacun d’entre eux ne pouvait envoyer paître qu’un troupeau proportionnel à la superficie des terres qu’il livrait lui-même à la vaine pâture (on dit aussi vide pâture).Ce droit a subsisté jusqu’au XXe siècle dans les pays où les usages communautaires étaient restés vivaces, associés à l’élevage du mouton (Lorraine, Picardie). Avec l’usage des communaux et avec la glandée, la vaine pâture était pour les pauvres gens le seul moyen d’entretenir un petit troupeau.
          Mal considérée par les propriétaires plus riches, elle a disparu avec la révolution fourragère. L’usage de la fumure, l’extension des prairies artificielles et des cultures fourragères, l’intensification de l’élevage ont rendu la vaine pâture inacceptable, chacun voulant clore ses parcelles et en avoir la jouissance exclusive.
           »

          Répondre à ce message

  • Lisez bien les propos du maire dans son courrier de juin 2000 : il reconnaît l’URGENCE de la situation. Nous sommes en 2009 .... et de ce que je comprends de la situation, rien n’a bougé dans ce sens.

    Que doit-on en déduire : laxisme, malveillance, amnésie ?

    Monsieur le Maire, pourriez-vous donner une explication à cette position inhabituelle pour un élu vis à vis d’un de vos administrés. A-t-il fait quelque chose de condamnable pour le maltraiter ainsi ?

    Répondre à ce message

Répondre à cet article