Épisodes précédents : Une histoire de petit chemin ou comment changer un chemin creux en route pour poids lourds avec quelques tonnes de pierres en y baladant des riverains depuis deux lustres et suivants.
Ce qu’il y a de bien avec Monseigneur, c’est qu’il ne cache pas ses intentions.
Récemment, le couple Bernard-D., propriétaire du Petit Cautier reçoit un courrier d’un géomètre : celui-ci propose une date pour procéder au bornage du chemin côté maison à la demande du maire. On a vu, cet été, que le bornage dûment réalisé côté opposé n’avait pas empêché l’élagueur de bousculer les bornes.

- Rare borne survivante, dénudée, après « élagage » du sol.

- Débris de borne hâchée par « l’élagage ».
Maintenant, il s’agit pour le maire de permettre aux véhicules de circuler au ras de la maison en détruisant ce qu’il reste de la haie qui la borde et constitue un rempart, certes dérisoire, mais rempart malgré tout.

- A droite, la haie d’origine.
Les Bernard-D. s’enquièrent de la délibération qui prescrit ce bornage. Sont-ils devenus tâtillons, eux qui pèchent plutôt habituellement par excès de confiance ?
C’est qu’ils viennent d’être échaudés.
Dans le recours qu’ils ont adressé au tribunal administratif contre la délibération annulant la déviation du chemin, le maire avait argumenté qu’il n’y avait pas de délibération portant sur la création de ladite déviation. Et il a gagné. Il ne faut pas confondre engagements de maire et délibération. Un engagement de maire a un statut de promesse d’ivrogne. Seule la délibération existe aux yeux de l’Administration.

- Les documents de ce type n’ont aucune valeur.
Le maire a donc convoqué une réunion, le 20 février 2009, pour délibérer.
Christine D. et Alain Bernard, auxquels le maire accorde la parole, demandent si ce bornage va permettre une protection minimale de leur maison contre les vibrations et l’humidité.
Celle-ci augmente de façon alarmante dans le mur longeant le chemin devenu à demi “troglodyte” par l’action communale.
De nouvelles fissures apparaissent ici et là.
Le maire répond, en substance, qu’il n’en a rien à faire de la sécurisation de leur habitation, qu’il s’en contrefiche, que ce n’est pas son problème.
A Alain Bernard qui demande à quoi va servir ce bornage puisque de toute façon, le compte n’y sera jamais pour que l’exploitant agricole fasse circuler ses plus gros engins, à moins de détruire soit le mur de la maison, soit le talus, Monseigneur répond :
« Il y a litige, et quand il y a litige entre la commune et un particulier, on borne. »
En entendant ces mots, une croquante de l’assistance explose :
« Et la “gâre” au pied du château, quand allez-vous la faire borner ? s’écrie-t-elle » (voir Quand le château a bouché la gare).
« La “gâre”, elle est là la “gâre”, s’énerve Monseigneur-maire, la mèche en bataille, et puis d’abord, je ne vous ai pas donné la parole ! »
« Et les tonnes de terre avec lesquels vous l’avez bouchée cette “gâre” pour vous emparer du terrain ! » insiste la bougresse.
« Je n’ai rien pris, je ne me suis emparé de rien », ose Monseigneur-châtelain avec cet aplomb qui est sa marque de fabrique.
Quelques conseillers s’agitent, fusillant de regards désapprobateurs l’administrée qui se permet d’accuser leur chef bien aimé.
Comment pourrait-il y avoir un litige entre Gilles du Buisson de Courson maire et Gilles du Buisson de Courson châtelain ?
Alain Bernard tente une dernière mise en garde :
« Ce bornage qui va coûter de l’argent aux contribuables est totalement inutile, je tenais à le préciser avant que vous vous prononciez. »
Olivier Rouillon répond avec morgue :
« On avait compris, on n’est pas totalement idiots. »
Ce qu’ils ont compris, c’est que ce chemin est la chasse gardée de Monseigneur et qu’il n’est pas question d’y mettre son nez [2].
Et que le bornage ne sert qu’à faire endêver le Petit Cautier.
La confirmation arrive d’ailleurs très vite.
Puisqu’ils sont réunis, autant en profiter. Le maire distribue le projet de budget qui doit être adopté à la prochaine réunion.
C’est la première fois depuis que Monseigneur est maire qu’on assiste à un tel événement : il explique ce qu’est un budget, à quoi il sert, comment il faut le lire. Et il laisse une conseillère, Françoise Placquet se livrer à l’énumération des chiffres, aussi fastidieuse qu’inutile en l’absence d’explications. Disons que cela a bien commencé, la conseillère commentant chaque poste, mais qu’elle a vite abandonné l’exercice, pourtant du plus haut intérêt.
(L’ouverture n’ira pas, comme cela se pratique dans certains conseils, jusqu’à distribuer les papiers aux quelques administréEs qui assistent au conseil afin qu’ils puissent suivre. Entre les “chefs” au-service-de-la-population et la “piétaille” administrée, le fossé se doit d’être profond.)
Bref, on en arrive au poste “Entretien des chemins”. Denis Le Grezause, le responsable de la commission ad’hoc, énumère les chemins sur lesquels de gros travaux sont nécessaires (réfection, écoulement des eaux) ainsi que l’estimation du budget (assez coquet) à y consacrer. Pas un mot sur le chemin des Gasseaux.
Ecoeuré, Alain Bernard se lève, parle de pantalonnade et quitte les lieux.
Eh oui, malgré toutes leurs déconvenues, ce couple de manants se fait (se faisait ?) encore des illusions sur l’intérêt et l’impartialité de ces éluEs-là pour la quiétude et la sécurité de tous leurs administréEs, sans exception.
Le jour où l’espoir les abandonnera, cela risque d’être terrible.