
- Spectacle de la Compagnie du Théâtre ©M.T.
Le théâtre à domicile. Le théâtre à portée de tous les âges et de toutes les bourses. Du théâtre professionnel, de haute qualité. Bref, du vrai théâtre populaire. C’était possible à l’Hermitière depuis 9 ans. Ce ne le sera peut-être bientôt plus.
Après des débuts modestes (un festival sur un week end), le festival de théâtre sis à la cidrerie a pris de l’ampleur en 2004 quand le conseil général accorda une subvention à la Compagnie du Théâtre organisatrice (1000€), subvention complétée par une subvention du conseil régional (5000€) en 2008 [1].
De quatre représentations, il passa à huit sur deux week end et invita des compagnies professionnelles de toute la Normandie.
Pour plus de 600 spectateurs (près de 700 en 2007), le festival devint le rendez-vous culturel incontournable de la seconde quinzaine d’août.
En outre, la Compagnie anime quatre ateliers théâtre (enfants, jeunes 1 et 2, adultes), travaille avec des classes de CM2, CE2 et de collège.
Du théâtre populaire sur le domaine de Monseigneur ? C’était trop beau.
Il y a quelques jours, la Compagnie apprend que sa demande de subventions n’a même pas été examinée par l’assemblée plénière du conseil général. Du coup, la subvention du conseil régional risque de disparaître.
Pour les quelques fidèles mis au courant, c’est l’incompréhension totale.
Pourtant, quelques indices auraient dû les alerter sur le mauvais coup qui se préparait. D’abord, l’an dernier la subvention du conseil général fut réduite de moitié (500€) sans aucune explication.

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Ensuite, ce fut l’attitude d’Olivier Rouillon, représentant la commune de l’Hermitière à la communauté de communes (CdC) : Lors de la discussion sur les subventions de la CdC, il invoqua les économies à réaliser (« Il ne faut pas se contenter de parler d’économies sans que cela se traduise dans les faits », dit-il) lors de l’examen de la demande de la Compagnie de l’Hermitière tandis que le second délégué de la commune (et 1er adjoint), Gérard Blasque, restait coi.
Finalement, les masques sont tombés au conseil municipal du 23 avril.
Dominique Plessis (dont une des granges de la cidrerie est régulièrement transformée en salle de spectacle) avait adressé une lettre affolée à tous les conseillers, leur demandant de se prononcer pour ou contre « la pérennité du festival ».
Au conseil, Gilles du Buisson de Courson, maire de l’Hermitière, 1er vice-président du conseil général et président de la commission Finances de ce même conseil, commence :
Je suis atterré par la proportion que prend cette affaire dont je n’étais même pas au courant, affirme-t-il. J’ai reçu une lettre de Dominique qui m’a étonnée. Il faut savoir que lors de l’instruction d’une demande de subvention, il y a l’administration, qui dit si les demandeurs sont éligibles et il y a les élus qui donnent le montant. Cette année, je n’ai pas été saisi de la demande de la Compagnie du Théâtre et je ne savais pas qu’elle avait fait une demande. Les autres années, je savais, cette année, je ne savais pas. La demande a suivi son cours à mon insu. J’ai demandé au service concerné du conseil général de me transmettre le dossier avec les commentaires. Je vous dirai ce qu’il en est.
(Interrogé le lendemain de cette déclaration, le “service concerné” indique que si le conseiller général demande le dossier, il le lui communiquera...)
Monsieur le conseiller général a des excuses pour ignorer les besoins d’une Compagnie qui organise l’événement annuel majeur de sa commune : maire d’un village de 274 habitantEs, il n’y est que résidant très très secondaire.
Jusque là, on pouvait faire semblant de croire à l’innocence de Monseigneur.
Mais Dominique Plessis demande que le conseil soutienne la demande de la Compagnie :
Je demande simplement que le conseil municipal se prononce sur l’utilité et la nécessité de cette subvention à laquelle est conditionnée celle du conseil régional.
La commune doit se prononcer pour ou contre la pérennité de ce festival. On peut évidemment considérer que cela ne nous regarde pas.

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Jean-Luc Ferchaud attaque la lettre de Dominique Plessis :
Pourquoi écris-tu qu’on “doit” se prononcer ? Pourquoi on nous dit : “C’est vous qui allez assurer la pérennité du festival” ?
Plessis s’excuse :
Je regrette, ma formulation est maladroite. Mais sur le fond, tu en penses quoi ? Sur le soutien à cette demande de la Compagnie...
L’autre, déchaîné, l’interrompt :
Le problème n’est pas là, il est sur la formulation de ton courrier. On n’est pas responsables de la vie et la mort de la Compagnie du Théâtre.
Plessis a beau s’excuser quatre fois, Ferchaud, n’en démord pas. Le sujet du débat, c’est le courrier de “Dominique”, pas une prise de position du conseil sur la subvention supprimée. Ferchaud affirme en outre que le refus de subvention du conseil général n’aurait aucune incidence sur la subvention du conseil régional.
Tu peux demander à la Compagnie, dit Plessis en désignant Céline Codogno et Alexandre Colas parmi les observateurs.
Justement, reprend Gilles de Courson, la Compagnie du Théâtre ne me parle pas. C’est bien là le problème.
A ce moment, il saute aux yeux des mauvais esprits que le tort de ces saltimbanques, c’est d’avoir suivi la procédure normale de dépôt de la demande. Ces incivilisés ne se sont pas pliés aux exercices de la flatterie, de la cajolerie, de la courbette. Monseigneur est vexé ! L’an dernier, ils n’ont pas compris quand leur subvention a été réduite de moitié, que les bonnes manières n’avaient pas été respectées. C’était un avertissement. Ils auraient dû se jeter à ses genoux pour l’implorer. Aujourd’hui, c’est la punition.

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Le maire poursuit :
Je retiens que le conseil général est pris en otage. C’est moi qui suis pris en otage. (A Alexandre qui nie :) Vous avez dit au conseil général que c’est moi qui ai refusé la subvention. Je ne suis pas hostile à la Compagnie du Théâtre, je suis hostile à être pris en otage.
D’habitude je défends le dossier, c’est grâce à moi si la Compagnie obtient des subventions mais cette année, comment vouliez-vous que je parle d’un truc que je ne connais pas ? Et là, il n’a jamais été jusqu’à la séance plénière.
Alexandre Colas explique :
Je ne comprends pas pourquoi vous n’avez pas vu le dossier qui a suivi exactement la même filière que d’habitude.
Au conseil régional, on nous a dit qu’il y avait de très très gros risques de ne rien avoir du tout en l’absence de subventions du conseil général. Il suffirait d’une subvention symbolique de conseil général pour que le dossier passe au conseil régional.
On est un peu dans la panique. On se faisait une joie de fêter les 10 ans et cela risque d’être un enterrement.
Au conseil général, le service concerné a été incapable de me dire le trajet suivi par la demande. Elle a été approuvée par la commission Culture et après quelqu’un a dit « Non ». Qui a dit « Non » ? Pour quelle raison ? On ne sait pas.
De même, l’an dernier, elle a été diminuée de moitié, il paraît que c’était à la demande d’un élu.
On a un tort, on ne sait pas parler aux “politiques”, on ne sait pas discuter.
Plessis revient sur le sujet :
Il faut prendre une décision pour leur donner un coup de main.
Et il se ramasse une volée de bois vert d’un Ferchaud toujours aussi dilatoire, toujours aussi excité, qui dégobille son aigreur :
Plessis aurait un intérêt dans l’affaire (il prête une grange de la cidrerie !)
Plessis manquerait “d’esprit d’équipe” :
Tu travailles tout seul dans ton coin, crache Ferchaud, tu nous balances du courrier, tu ne bosses pas avec nous et tu nous envoies un ultimatum, tu ne joues pas la même partition, tu ne participes pas au travail équipe.
En fait, Plessis a toujours refusé de participer aux réunions secrètes [2] , les estimant antidémocratiques. Il faut croire que certains ont du mal à digérer cette preuve d’indépendance d’esprit.
Des observateurs, atterréEs de découvrir l’état d’indigence intellectuelle de certains conseillers, interviennent et demandent que le festival soit défendu « devant toutes les instances ».
Gilles de Courson :
On est tous d’accord mais ce ne sont pas des méthodes. Alexandre Colas aurait pu me passer un coup de téléphone.
Après de nouvelles excuses, Alexandre répète :
Nous avons besoin de votre appui.
Ferchaud répond :
Nous, on est conseil municipal, on n’est pas conseil général ou conseil régional.
Denis Le Grezause ajoute son grain de sel :
Vous avez besoin de l’appui de la population, ce n’est pas nous qui allons au théâtre.
Ça, on avait remarqué. Avec ces éluEs-là, on n’est pas loin du célèbre cri de guerre : « Quand j’entends le mot Culture, je sors mon révolver ».
Toujours est-il que nous vivons dans un système politique où les éluEs représentent la population comme le rappelle Alexandre Colas, et que c’est à ce titre que la Compagnie sollicite le conseil.
Pour mettre un terme à la discussion, Monseigneur avec le ton d’un éducateur de petits enfants, s’adresse à Céline et à Alexandre :
Il faudra que je commence à vous expliquer comment les choses marchent et ni vous ni moi n’y pourrons rien changer. Si vous présentez le dossier comme on est habitué de les avoir, ça favorisera les choses [3].
Et il faudra que vous preniez le temps de consulter les interlocuteurs de la Culture pour voir les orientations que nous (nous= conseil général) prenons.
Qu’est-ce à dire ? Que le conseil général exige d’avoir un droit de regard sur la programmation ? Que la nature des spectacles offerts par la Compagnie du Théâtre jusqu’à présent ne plaît pas à nos princes ?
Rendez-vous est pris sur le champ pour le samedi suivant pour les explications sur “comment les choses marchent”.
Allons les saltimbanques, un petit effort, vous adorez Molière, vous savez comment faire la cour à un Seigneur !
En attendant, le conseil a ajourné l’examen de la demande de subvention à lui adressée.

- Et la tendresse, bordel !
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