Le Pic Vert moqueur
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Givrés

Alertée par la mairie, l’architecte des bâtiments de France stoppe un projet de vitrage à protection thermique

dimanche 12 avril 2009, par le Pic Vert

Ouf, le village l’a échappé belle. Profitant que sa baie vitrée était cassée, une croquante prétendait la remplacer par une baie double vitrage à haute protection thermique. Heureusement la mairie veillait et l’architecte des bâtiments de France a pu s’opposer à ce projet : la maison de la croquante continuera à chauffer l’atmosphère du bourg.

Crédits d’impôts, prêts à taux zéro, l’Etat ne mégote pas pour inciter les particuliers propriétaires et locataires à isoler leur habitat.
Mais un village résiste vaillamment à cette inadmissible ingérence dans ses affaires climatiques et réussit à se rallier l’architecte des bâtiments de France : l’Hermitière.

Contrairement aux habitations alentour que les petites ouvertures vouent à la fée électricité en plein jour, une partie de l’ancienne épicerie de l’Hermitière jouit d’une lumière 100% naturelle grâce à sa baie vitrée (ancienne vitrine).
L’hiver, le soleil inonde la pièce.
Ça, c’est le bon côté. Le mauvais côté, c’est que, par temps froid, soleil absent, le verre, de conception ancienne, laisse échapper une grosse partie des calories produites par la maison, une maison construite, comme ses voisines, au début du 19e siècle pour loger la domesticité du château et installer quelques activités indispensables à l’époque (bistrots, épiceries, maréchal-ferrand.).
De ces anciennes activités, il ne reste aucune trace, sauf celle de la dernière épicerie.
Dont la baie vitrée est cassée.

Par une chance insolente, cette baie est orientée plein Sud, ce qui, dans cette maison non isolée, constitue une fantastique opportunité pour l’utilisation de l’énergie solaire par l’apport direct du rayonnement solaire, c’est-à-dire l’énergie solaire passive.
La croquante qui y loge n’ignore pas que, dans les nouveaux bâtiments dont la conception est dite bioclimatique, il est maintenant classique de construire une importante baie vitrée, voire un “mur” vitré, orientés au Sud.
Outre le plaisir des yeux -totalement gratuit- qu’elle procure quand elle ouvre en partie sur la campagne comme c’est ici le cas, la baie vitrée est l’élément de construction le plus simple et le plus économique pour exploiter le rayonnement solaire à des fins d’éclairage et de chauffage d’appoint d’une pièce.
La croquante interroge des entrepreneurs qui confirment la possibilité de poser un vitrage à haute protection thermique dans le respect de l’ouverture existante. A ceci près que pour des raisons de poids, plusieurs panneaux seront nécessaires, assemblés par des montants intermédiaires.
Quoique d’une largeur réduite, ces montants constituent-ils une modification de façade qui donne lieu à une obligation de déclaration de travaux ? Dans le doute, une demande est déposée à la mairie pour quatre panneaux de verre coulissants sur toute la longueur (4,40m).

Mais nous sommes sur le domaine de Courson et pis encore, dans le périmètre de 500m du château classé.
Bien qu’elle ait mentionné l’urgence de la vitre cassée, la croquante s’attendait à des pinaillages sur la couleur des montants (vert olive ou bleu lavande ?), voire sur le nombre de panneaux vitrés (pourquoi quatre ? pourquoi pas trois ou cinq ?), bref à justifier son projet.

Ô indécrottable naïveté ! Incorrigible ingénuité ! Sur le domaine de Monseigneur, on ne discute jamais avec les manants, surtout quand ils sont du genre femelle.

La demande d’autorisation de travaux a été envoyée par Gilles du Buisson de Courson, châtelain-maire, à l’architecte des bâtiments de France (appelons-la l’ABF) ce qui est la procédure normale. Mais elle a été assaisonnée, à l’insu des demandeurs, d’une note signée par le 1er adjoint, Gérard Blasque : « Avis défavorable. Vitrine d’un ancien commerce qui n’existe plus depuis plus de 10 ans. Cette façade doit retrouver (sic) le style des maisons voisines. »

Qu’on se le dise. Le style baie vitrée, les jolis panoramas, c’est pour les seigneurs et, éventuellement, leurs vassaux favoris. Pour les autres, c’est plutôt le style caserne, à la limite le style coron.

Non seulement le 1er adjoint préconise d’emmurer une administrée mais, bien qu’elle vive à deux pas de chez lui, il ne trouve pas un moment pour l’en informer. Ce plébéien, qui n’a jamais appartenu à la caste des seigneurs, a vite « retrouvé le style » de mépris et de morgue des puissants de ce monde...

L’avis de l’ABF tombe :

La maison concernée par les travaux s’inscrit dans un ensemble bâti homogène qui contribue à la valorisation des vues vers le château. Cet ensemble est basé sur la répétition d’un même modèle avec quelques légères variations. Par la dimension très importante et les proportions horizontales de ses percements, résultantes de modifications tardives, la maison existante est en rupture avec les autres constructions. Le projet proposé, qui a vocation à pérenniser ces percements, est donc de nature à porter atteinte aux vues vers l’édifice protégé. Il devra être revu en transformant la baie béante (sic) existante en porte et fenêtre(s) de mêmes dimensions et proportions que les baies existantes sur les autres maisons, c’est à dire, pour les fenêtres, une largeur de 1m environ pour une hauteur de 1,4 à 1,6m, divisée en 2x3 carreaux.

Bien qu’ahurie de telles prétentions, l’administrée ne s’inquiète pas outre mesure : d’une part, il n’y a aucune covisibilité entre le château et l’ancienne épicerie, contrairement au tout récent terrain de tennis que le châtelain vient de faire construire à trois pas de la tour rectangulaire du 16e siècle classée, et ce en pleine zone protégée, un court visible autant de l’intérieur de la propriété classée que de l’extérieur :

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Un tennis dans un site classé. Mais que fait l’ABF ?
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Depuis la route : le tennis est à gauche du cheval de gauche.

D’autre part, la salle des fêtes avec ses “baies béantes” fait aussi partie de l’ensemble.

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Des baies qui ne béent pas ?

Enfin, aucun des éléments de la place où est sise l’ancienne épicerie n’est classé, pas plus les maisons que l’église ou que le Phallus, monument seigneurial du début du vingt-et-unième siècle.

En outre, comment l’ABF pourrait-elle imposer des travaux qui coûteraient sept à dix fois plus chers que les travaux prévus sur cette maison non classée ? Comment pourrait-elle transformer une simple autorisation de travaux en permis de construire ?

Elle le peut.

Renseignements pris, la croquante tombe de surprise en surprise.
L’ABF peut (espérer) imposer des travaux coûteux sur un bâtiment non classé s’il se trouve dans les 500m d’un bâtiment classé.
Paradoxe : alors que les propriétaires des bâtiments classés bénéficient d’aides financières très importantes (jusqu’à 50% du montant des travaux), les propriétaires des immeubles non classés pris dans la zone de protection ont seulement le droit d’obéir sans contrepartie financière.
Paradoxe encore : les propriétaires subventionnéEs des immeubles classés sont, en général, fortunéEs, beaucoup plus fortunéEs que les habitantEs alentour.

L’ABF est avenante. Elle accueille sans barguigner les demandeurs dans son bureau d’Alençon.
Et elle justifie ses décisions.
Les objectifs d’économies d’énergie ? « Une isolation et des menuiseries et vitrages performants sur le plan thermique » seront efficaces, même si, reconnaît-elle, « l’apport solaire passif sera diminué proportionnellement à la taille de la baie. »
Mais si on le mauvais goût de parler de coût, elle répond « murs en parpaings recouvert d’un enduit. »
La covisibilité contestée ? Et bien, elle s’est rendue sur place pour en vérifier la réalité. Son oeil exercé d’ABF a vu ce que personne n’avait vu auparavant : d’un endroit très délimité de la route, vers la fausse entrée du château, on peut apercevoir, en cherchant beaucoup, le haut de la baie de l’ancienne épicerie en même temps que le château sous un angle totalement inintéressant, mais qu’importe. Cette vue est censée porter « atteinte aux vues vers l’édifice protégé ».

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Cherchez l’épicerie tapie dans l’ombre...

Il existe pourtant une “baie béante” : il s’agit de celle d’un cabanon en bois. Propriété du château.

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A droite, le cabanon.

Comparée à tous les éléments en covisibilité avec le château, la covisibilité de l’ancienne épicerie, à supposer qu’elle soit gênante, confine à la co-invisibilité :

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Des covisibles
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Des covisibles
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Propriété du château.

L’ABF, qui ne dit rien sur le court de tennis du château, trouve la façade de la salle des fêtes sympathique :
- « C’est une construction récente », dit-elle en guise de commentaire.

Il se trouve que l’autorisation de travaux pour la vitrine sous sa forme actuelle de l’ancienne épicerie, le permis de construire de la salle des fêtes et le classement du château sont quasiment concomitants : les goûts en matière d’architecture de l’ABF en fonction il y a 35-36 ans différaient singulièrement de ceux de l’actuelle ABF...

Celle-ci n’apprécie pas plus la fenêtre sur le toit, un modèle pourtant classique dans la région mais qu’elle trouve peu percheronne contrairement aux chiens assis.

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Cette fenêtre ne serait pas typique...

Inutile de dire que la croquante va s’employer à faire durer au maximum ce modèle-ci.

Histoire de bien enfoncer le clou, les propriétaires de l’ancienne épicerie ont reçu un « Arrêté d’opposition à une déclaration préalable au nom de l’Etat » reprenant presque mot pour mot les décisions de l’ABF (la seule différence réside dans l’« ensemble bâti » qui « semble homogène » dans l’arrêté).
Il est écrit en bas : « Gille de Courson, le maire », mais ledit maire ne l’a pas signé. Crainte de se voir moqué par le Pic Vert ?
A côté, il est mentionné « Le 1er Adjoint » (avec une Majuscule de Majesté), mention suivie de la signature dudit.
Mes seigneurs, votre arrêté est nul et non avenu : le 1er adjoint, qui n’avait pas reçu de mandat du conseil, n’était pas qualifié pour le signer.

Résultat de cette agitation méprisante : la vitre a été remplacée à l’identique.

Heureusement, le climat de la planète se porte bien. S’il se réchauffait, il faudrait se faire du souci.

6 Messages de forum

  • Cette habitante n’a pas de chance. Monsieur le maire, mais aussi Monsieur le conseiller général, mais aussi Monsieur le vice président du Conseil Général n’est pas à une contradiction près.

    N’a-t-il pas écrit dans son programme de campagne aux éléctions municipales qu’il allait mettre l’accent sur le développement durable ? Quel beau mot à la mode. Sait-il d’ailleurs ce que cela veut dire ?

    A la lecture de le revue « L’Orne Magazine » d’avril 2009, le Conseil Général de l’orne met l’accent sur les énergies renouvelables et les économies d’énergie (voir page 22,23) L’article « Maitrise de la demande en énergie Habitat » « ... il s’agit d’encourager les particuliers à s’inscrire dans une dynamique de réduction de notre dépendance aux énergies fossiles... » Page 23 Monsieur Legault ajoute « ...Il faut s’adapter en permanance... »

    Monsieur le vice président du Conseil Général et conseiller général du canton du Theil et maire de la commune de L’Hermitière n’applique semble-t-il, pas du tout dans sa commune, ce que le Conseil Général demande d’appliquer à tout le département. N’a-t-il pas lu l’article ? S’en moque-t-il ? Souhaiterait-il plutôt que cette habitante s’en aille ?

    Toujours est-il que remettre un habitation à l’identique d’il y a 50 ans ne correspond pas vraiment à de l’adaptation permanente comme le prône Monsieur Legault.

    L’architecte des batiments de France ferait bien aussi de s’adapter avant que la planète rôtisse les habitant de ces belle demeures énergivores.

    Mais il est vrai qu’on pourrait reconstruire une motte Féodale et mettre la plèbe dans des cabanes en bois autour ;et sans chauffage afin de préserver l’environnement.

    Il faut croire que cette habitante dérange, c’est une vilaine, elle critique, elle se moque. Les habitants ont peur, il faut la décourager d’habiter ici. Elle dit trop haut ce que les poltrons pensent tout bas.

    Il parait même qu’elle prépare des potions pour jeter des sorts. Les nuits de pleine lune certains l’ont vu à cheval sur un balai avec ses chiens bizarres faisant le tour du totem sur la place.

    On n’est plus au Moyen Age, le seigneur ne peut plus brûler les sorcières...

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    • Toujours est-il que remettre un habitation à l’identique d’il y a 50 ans ne correspond pas vraiment à de l’adaptation permanente

      Ce n’est même pas le prétexte ! Aussi loin que remontent les souvenirs des habitantEs les plus âgéEs, ce local a toujours eu une façade de commerce même si la façade sous sa forme actuelle n’a « que » 36 ans. Il ne peut donc « retrouver le style des maisons voisines. » qu’il n’a jamais connu. Non seulement on refuse de s’adapter mais on entend supprimer une partie de l’Histoire de l’Hermitière au profit d’un esthétisme architectural très inspiré des « Misérables » de Victor Hugo.

      Mais il est vrai qu’on pourrait reconstruire une motte Féodale et mettre la plèbe dans des cabanes en bois autour ;et sans chauffage afin de préserver l’environnement.

      Arrêtez ! Vous allez donner des idées à Monseigneur !

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  • Mais alors que fait la police ? Ah oui,le maire détient le pouvoir de police. Pas de chance sur ce plan.

    Mais alors que font les habitants solidaires ? Si cela leur arrivait ?

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  • la maison de la croquante continuera à chauffer l’atmosphère du bourg.

    Ce message est à double sens ?

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  • la fonction publique ne gènere pas des intelligences supèrieures ce sont pour la plupart des rèdacteurs sans charisme ! les dècrets sur les energies renouvelables doivent s’appliquer à tout niveau ;mème aux anciens car le jour j qd la planète explosera il faudra bien s’adapter !!!

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    • Le jour où il n’y aura plus de fonction publique, plus d’éducation nationale, plus de services de santé publics, plus de service postal public et même plus de service d’architecture publique, il est probable que nous serons revenuEs au niveau de civilisation du siècle de Zola.
      Dire que la fonction publique « ne gènere pas des intelligences supèrieures » est de la propagande anti fonctionnaire du même acabit que celle de l’inquisition qui prétendait que les chats noirs portent malheur.
      Ce qui est en cause, ce ne sont pas les qualités de tel ou telle, c’est un système régalien qui lui permet d’imposer des décisions aussi arbitraires qu’absurdes à des citoyenNEs considéréEs comme des sujetTEs.

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