Il était tout content, le maire, au conseil municipal du 22 juin : au château, le haut débit fonctionne. Un conseiller a enchéri : deux familles au Chêne vert ont aussi adopté le Wimax, et « ça marche très bien ».
Constater que trois familles sont contentes du Wimax alors que l’option est en service depuis six mois, voilà une drôle de façon de dresser un bilan !
Pas un mot sur les habitats interdits de Wimax parce que situés dans des vallons ou cachés par des arbres (c’est bête, mais le Wimax utilise les ondes, lesquelles se propagent en ligne droite, ce qui est fort peu pratique dans une région vallonnée et forestière comme le Perche) ou parce que, paradoxalement, ils sont situés trop près de l’émetteur. Pas un mot non plus sur les internautes qui ne peuvent s’offrir le Wimax.
Car le Wimax, c’est cher.
Alors que pour moins de 30 euros mensuels, Free propose le haut débit internet (jusqu’à 28 megabits), le téléphone, l’abonnement téléphonique et 200 chaînes de télévision, le fournisseur de Wimax (Altitude Telecom … filiale de Free) choisi par le conseil général facture le haut débit … 39 euros, pour seulement un débit maximal de 1 megabit (pas question donc de regarder la télévision). Si vous voulez le téléphone illimité, il faut ajouter 6 euros, ce qui porte le forfait à 45 euros. Et si vous voulez continuer à téléphoner en cas de coupure électrique ou de maintenance Wimax ou à bénéficier de certains services téléphoniques que n’offre pas la technique voIP, vous serez obligéE de conserver l’abonnement France Télécom. Soit pour total la coquette somme de 60 euros mensuels.
En outre, l’internaute volontaire pour le Wimax doit verser un chèque de caution de 100 euros pour recevoir la liste des installateurs du matériel agréés, puis régler les frais d’installation (environ 200 euros) et de désinstallation en cas de résiliation (pas question de le faire soi-même), s’engager pour deux ans, autoriser le prélèvement automatique obligatoire, payer la hotline 0,34 euros la minute s’il ne sait pas paramétrer le matériel. Enfin, le matériel, loué, n’est garanti que pendant deux ans !
Ah oui, s’il est locataire, notre infortuné internaute devra préalablement obtenir l’autorisation des propriétaires de son habitation pour la pose de l’antenne.
Le conseil municipal a reparlé du Wimax dans sa séance du 7 septembre. Enfin, reparlé, c’est beaucoup dire. Le maire a lu une lettre du directeur régional de France télécom, en réponse à la demande de deux conseillers municipaux désespérés de ne pas être éligibles à l’ADSL. France Télécom rappelle qu’une moitié des habitants de l’Hermitière a l’ADSL et que la fourniture d’internet à haut débit n’entre pas dans le cadre du service universel [1] et que si elle veut l’ADSL, la commune devra co-financer l’installation.
Ce directeur n’ignore pas que Gilles de Courson, maire et président de la commission Finances du conseil général est impliqué dans la convention entre Altitude Telecom et le conseil général.
Au nom des lois du libéralisme et de la libre concurrence que prône Gilles de Courson, on aurait pu s’attendre à ce qu’il propose de répondre « Chiche ! Faites-nous un devis ! ». Mais non, il n’a rien dit, pas plus que ses conseillers.
Plusieurs experts France Télécom sont venus de Tours au mois de mai. Leur constat : l’ADSL aurait peut-être pu parvenir jusqu’au bourg … s’il n’y avait pas eu le Wimax qui -ne demandez pas à un pic vert de vous expliquer comment-, tire sur les lignes France Télécom. Peut-être, mais on ne le saura jamais à cause de la présence du Wimax.
Il est à noter que personne, à l’Hermitière, n’avait demandé le Wimax qui a été imposé par la mairie [2].
Il est aussi à noter que la plupart des petites communes rurales isolées ont l’ADSL, sans doute parce que leur maire a su accompagner les demandes des habitantEs et, dans certains cas, faire le forcing auprès du député. Et ce sans payer de frais d’installation à France Télécom.
A l’Hermitière, il faudra d’abord convaincre le maire …