Le Pic Vert moqueur
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Principe

L’Hermitière : Aider les gueux ? Ça jamais !

mardi 16 juin 2009, par le Pic Vert

C’est un principe intangible que le conseil municipal de l’Hermitière vient de réaffirmer : La commune n’aide et n’aidera jamais les gueux.
A croire que pour les conseillers, CCAS signifie Châtelain de Choc A Satisfaire.

Une famille laborieuse de l’Hermitière dont l’un des fils, en bac pro à la maison familiale rurale doit partir pour un stage découverte de 3 semaines au Québec, sollicite une subvention pour ce stage.
Cette demande, fort banale ailleurs, présentée le 23 avril 2009 par le maire, Gilles du Buisson de Courson plongea le conseil dans la perplexité.
Des gueux qui demandent une aide ?
Ont-ils oublié que, sous le règne de Gilles de Courson I et II, les demandes de la plèbe ont toujours été rejetées comme le Pic Vert le rappelait à la veille des élections municipales (voir L’Hermitière : Deux listes, zéro débat, § Pauvreté éradiquée) ?
Mais peut-être imaginent-ils que le conseil de Gilles de Courson III qui, piqué par le Pic Vert, a recréé un CCAS [1] après les dernières élections, ne pense pas, contrairement aux conseils précédents, que le mot Social est un gros mot.
Et de fait, le conseil du 23 avril ne déclara pas d’emblée la demande irrecevable.
Jean-Luc Ferchaud dit :
- Ce qu’il faut, c’est se donner des règles, sinon on ne sait pas où on va.
Dominique Plessis ajouta :
- On pourrait peut-être se baser sur les revenus des gens.
Un observateur intervint pour expliquer ce qu’est un quotient familial et comment il se calcule.
Ferchaud reprit :
- Il faudrait que quelqu’un s’en occupe, une commission-je-ne-sais-pas-quoi.
Et là, on se dit qu’on est décidément bien gouvernés.
Jean-Luc Ferchaud a été élu au CCAS il y a un an presque jour pour jour mais personne ne lui a dit à quoi cela pouvait servir, pas plus qu’à Françoise Placquet, Marie-Bénédicte Lambert, Laurence Jupin, autres membres élus par eux-mêmes. Sans doute croient-ils que CCAS signifie Châtelain de Choc A Satisfaire. Voire Club de Courtisans A Soupape.
Et pourquoi pas Courtisaneries Calamiteuses Affreusement Sinistres, pendant qu’on y est ?
Quant à Gilles du Buisson de Courson, président de droit du CCAS fantôme, son cas d’allergie à tout ce qui contient une molécule de Social est incurable.

Lorsqu’il était président de la communauté de communes, le maire de Ceton (et président du CCAS de cette localité) avait demandé la caution de ladite CdC sur un emprunt pour des travaux lourds destinés à la maison de retraite publique que le CCAS gère. Pas d’argent, non, non, juste la caution afin d’obtenir un taux réduit d’emprunt.
Une caution pour le CCAS ! Horreur. Aider les gueux même si cela ne coûte rien ? Jamais.
Le président avait donc répondu qu’il se renseignerait sur la légalité d’une caution apportée à un CCAS. Et comme d’habitude, on n’en avait plus entendu parler.

Pour en revenir au CCAS de l’Hermitière, le maire le prend tellement au sérieux qu’il n’y a nommé que des propriétaires (statut qui vous qualifie indubitablement pour parler de précarité) et qu’il n’a même pas informé les “membres” qu’il a choisis hors conseil de l’honneur qu’il leur a fait.

Après avoir invoqué la commission-je-ne-sais-pas-quoi, Ferchaud, se reprit :
- J’envoie des tas de gens en Europe [2], ça coûte zéro pointé, je trouve des subventions pour eux.
Ben, oui, mais si les parents de l’élève sollicitent le conseil, c’est peut-être que la maison familiale rurale que fréquente leur fils ne trouve pas de subventions pour ses élèves.

Le sujet avait donc été renvoyé au conseil suivant.
Le temps de se renseigner sur le quotient familial ? Sur les besoins de la famille ? Le temps de faire étudier par la commission-je-ne-sais-pas-quoi si la demande est justifiée ?
Rêvez, naïfs...

Le sujet revient au conseil du 10 juin.
D’emblée, Monseigneur donne le la.
- On n’a jamais fait ça. Pour moi, cela relève du lycée [3], donc de la région. Dans l’Orne, le conseil général subventionne ce type d’activité mais cette maison familiale rurale est dans la Sarthe.
Une conseillère, secrétaire de profession, renchérit :
- Après, il y a un enfant qui va en Angleterre, il va demander des subventions, un autre va ailleurs, il demandera aussi des subventions. Cela n’arrêtera pas.
L’ouvrier conseiller témoigne lui aussi :
- Mes enfants sont déjà allés en séjours de ce type, on n’a jamais rien demandé.

Ô ! Vous les riches, les héritiers, les Messeigneurs, les puissants de ces lieux, jouissez tranquilles de vos forêts privées, de vos étangs privés, de vos chemins privés, de vos piscines privées, de vos tennis privés !
Tant que la plèbe estimera légitime de vous aider à payer vos travaux sur vos châteaux classés privés, déjà dotés de privilèges fiscaux, de subventionner vos lubies phalliques, vos messes pour soulager vos âmes, votre personnel domestique, tant que la plèbe cautionnera vos guerres privées plutôt que de manifester un minimum de solidarité envers ses congénères, de fraternité envers les laborieux qui lui ressemblent et qui sortent des mêmes moules à prolétaires et laboureurs, tant qu’elle ne témoignera pas d’un minimum de lucidité quant à l’universalité de ses propres intérêts collectifs, tant que la plèbe s’estimera elle-même indigne de considération, vous règnerez peinards.

- Je vais appeler la famille de l’élève demain matin, dit le maire pour clore le sujet. S’il ne doit pas partir parce qu’il lui manque quelque chose, on révisera notre position.
Ça la ficherait mal en effet si l’élève était privé de stage à quelques mois des prochaines élections.

Au fait, le père de l’élève, disc-jockey a ses heures, a animé pendant une demi-douzaine d’années les nuits de bals du comité des fêtes.
Bénévolement.
Sapristi ! Encore un gros mot ! Monseigneur n’a jamais oeuvré bénévolement pour la commune.

Il ne faut pas confondre disc-jockey et Jockey-Club [4].

P.-S.

L’auteur de la photo est W. Hoffacker.

Notes

[1] Comité Communal d’Action Sociale

[2] Ferchaud est directeur du CFA (Centre de formation des apprentis)

[3] les maisons familiales rurales sont des associations loi 1901

[4] Le comte Gilles du Buisson de Courson est membre de l’honorable société du Jockey-club

3 Messages de forum

  • L’Hermitière : Aider les gueux ? Ça jamais ! 17 juin 2009 08:14, par Marcelin

    Les CCAS, encadrés par les communes, servent en fait de vitrine électoraliste. Outil de premier choix pour les maires, qui en sont présidents de droit, de s’en servir de cirage sur leurs pompes afin qu’elles brillent. Sauf peut-être occasionnellement aider une âme égarée. Pour le CCAS de l’Hermitière, la définition de Châtelain de Choc A Satisfaire semble plutôt appropriée.

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  • L’exercice consistant à trouver une règle applicable pour la commune, équitable et comprise par tous n’est certainement pas facile. Mais nos conseillers municipaux ont été élus pour ça et devraient naturellement être force de proposition. Le président de séance devrait lui aussi naturellement guider les réflexions dans ce sens. Cet exercice de solidarité en vaut la peine.

    En fin de compte il n’en est rien. Tous tournent le dos à cette question et s’auto-persuadent que ce choix est bon.

    Quelle légitimité peut avoir un chef de village avec une absence quasi-totale d’empathie ?

    J’ai eu un retour de ce conseil municipal et il est affligeant de constater que les pensées exprimées hors conseil ne sont pas les mêmes que pendant le conseil. J’encourage les élus à exprimer, à débattre pendant les réunions municipales des idées qui leur semblent bonnes dans l’intérêt de la commune. C’est une question de confiance envers les administrés.

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  • L’Hermitière : Aider les gueux ? Ça jamais ! 9 juillet 2009 17:29, par le Pic Vert

    Article L2121-25 du code général des collectivités territoriales : « Le compte rendu de la séance est affiché dans la huitaine. »
    Aujourd’hui 9 juillet, toujours pas de compte-rendu de la réunion du 10 juin.
    Heureusement, le Pic Vert moqueur est là pour informer les administréEs !

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