Le Pic Vert moqueur
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Jeu de dupes

Gare du Theil-la Rouge : La SNCF veut nous mener en bateau

lundi 17 août 2009, par le Pic Vert

Quel voyageur n’a pas vainement attendu sur le quai de la gare du Theil-la Rouge un train qui n’est jamais passé ?
Quelle voyageuse n’a pas vainement actionné le téléphone de quai -muet ou inaudible- pour connaître la raison du retard du train habituel ?
A se demander, en constatant l’état d’abandon avancé de la gare, si la SNCF n’a pas programmé la suppression pure et simple de l’arrêt.
Il paraît que non. D’ailleurs la gare sera restaurée mais à ... nos frais et sans garanties.

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La gare vue des rails. A gauche, le logement.

PortéEs par une pétition réclamant la remise en état de la gare, les trois éluEs les plus concernéEs (présidente de la CdC [1], maires du Theil [2] et de la Rouge [3]), ont rencontré récemment des émissaires de la SNCF et les présidents des régions Basse-Normandie et Pays de la Loire.

Quel rapport entre ces deux rois de région et notre gare ?
C’est que l’évolution sociale roule à grand train en marche arrière depuis une trentaine d’années et que, sous couvert de décentralisation, nos « élites » ont réussi à démanteler, à tronçonner ce qui fut un fantastique réseau ferré national en le hachant dans un enchevêtrement hallucinant de centres décisionnels et de frontières artificielles.

C’est ainsi que la SNCF « nationale » possède le réseau des TGV, tandis que les lignes non « prestigieuses », dites TER [4] sont divisées en autant de régions … et autant de tarifications spécifiques.

Cessons de rêver à la construction d’une ligne partant de Caen et passant par Le Theil-la Rouge : il faudrait qu’elle soit financée par les contribuables de la région Basse-Normandie !

Bien que quasiment toutes les régions soient de la même « couleur » politique, elles n’ont jamais envisagé d’harmoniser leurs tarifs au niveau régional, encore moins au niveau national.

Pour ne prendre que cet exemple, la région Pays de la Loire délivre une carte donnant droit à une réduction de 75% sur l’achat d’un billet, en 2e classe, avec un nombre illimité de voyages sur une période de 12 mois, utilisable pour tous motifs sur l’ensemble du réseau TER de sa région (ainsi que sur certaines liaisons hors région telle Le Mans - Alençon et Le Mans - Nogent le Rotrou) à condition que le bénéficiaire soit domicilié en région Pays de La Loire ET demandeur d’emploi de catégorie 1, 2, 3, 4 (sur 8 catégories) ET qu’il perçoive une allocation inférieure à 80% du SMIC mensuel brut.
La région Basse-Normande quant à elle délivre à touTEs ses « ressortissantEs » un « passeport » (c’est le nom officiel) annuel de 12 coupons de libre-circulation (80 % de réduction sur le billet) à la seule condition qu’ils vivent avec moins de 80% du Smic.
De même, chaque région propose son « offre jeunes », son abonnement « salarié » voire « apprenti », son tarif « Loisirs ».

Les affres du choix entre les divers tarifs ont été jusqu’à présent épargnés à la quarantaine de Bas-Normands usagerEs quotidienNEs de la gare du Theil-la Rouge ainsi qu’aux voyageurs occasionnels : la gare est sur le canton mais la ligne « appartient » à la région Pays de Loire. A défaut d’accord entre les deux « Etats » régionaux, nous payons plein pot si nous ne pouvons prétendre à une réduction SNCF.

Changement ou poudre aux yeux ?

Mais on nous promet que cela va changer.

Pour commencer, les rois de Basse-Normandie et des Pays de la Loire se sont entendus pour accorder aux administréEs du canton du Theil sur Huisne -pas aux autres ! Les usagerEs des cantons bas-normands limitrophes vont apprécier...- l’accès à la tarification TER Pays de la Loire … mais uniquement sur l’axe Le Mans-Chartres [5] !
Et pourquoi pas jusqu’à la mer comme tous les ressortissantEs des Pays de la Loire ?
Oh ! Que c’est petit ! Oh ! Que c’est mesquin !
Et pourquoi pas la tarification TER Basse-Normandie, un peu moins restrictive ?

Ensuite, les mêmes proposent de retaper la gare. Enfin, pas tout à fait. Ils proposent de retaper la gare en partie à nos frais.
Une gare qui appartient et appartiendra toujours à la SNCF « nationale ».

Pour la réfection de sa propre gare, la SNCF ne financerait que 25% des travaux, le reste étant assuré par les deux régions (50 à 55%) et la communauté de communes (20 à 25%).
Et ceci sans aucune garantie de la SNCF quant à la pérennité de l’arrêt en gare du Theil.
La direction de la Poste entend rayer d’un trait de plume, sans état d’âme, la poste dont les Cetonnais ont financé la construction et cela ne nous aurait pas servi de leçon ?
Sachant en outre que la SNCF resterait propriétaire des lieux même en cas de suppression de l’arrêt [6].

Le distributeur de billets est mort depuis des lustres et les usagerEs, qui achètent sans problème leurs billets dans le train [7], ne pleurent pas sa disparition.
Cela dérange plus la SNCF qui va proposer, de conserve avec le roi de Basse-Normandie, d’implanter « un point TER » dans la salle dite « des voyageurs » de la gare. Le « point TER », comme l’explique ce dernier dans sa lettre -publiée dans le dernier compte rendu de la CdC- « est un espace concédé en gare géré par un occupant exerçant une activité commerciale ou non et qui dispense, ou plus de son activité principale, une offre de services gratuits (tel (sic) la vente de certains titres) à l’attention des usagers de la gare. »

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La salle dite des voyageurs.

Pourquoi pas ?
Sauf qu’il va falloir se lever tôt pour trouver quelque volontaire prêtE à se livrer à une activité commerciale dans ce lieu excentré.
Et une fois dénichéE, il/elle risque de prendre les jambes à son cou en apprenant d’une part qu’il ne pourra pas disposer du logement que la SNCF entend laisser pourrir plutôt que le louer, d’autre part que la partie concédée du bâtiment (uniquement l’ancienne salle dite « voyageurs », une autre partie restant un local technique de la SNCF) serait livrée brute de décoffrage, « coque en blanc » comme dit Claude-Marie Barbier, et que l’installation de sanitaires, du circuit électrique intérieur, du chauffage, bref de toutes les commodités indispensables à une honnête activité sera à sa charge.

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La gare côté rue. A droite, le logement vide.
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La gare côté jardin du logement.

Enfin, la SNCF l’achèvera en lui annonçant qu’elle ne lui concède qu’un bail précaire. Et vraiment précaire de chez précaire : On parle de deux ans !

Cela ne vous rappelle rien ? Souvenez-vous ! La Tête noire !

Autant annoncer directement la couleur dans l’annonce de recrutement : SNCF cherche pigeon à plumer...

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Le téléphone : admirons la technologie dernier cri... au début du siècle dernier.

Finalement, à part la tarification Pays de la Loire sur un minuscule tronçon du réseau, prévue pour l’automne, à part la réfection attendue du téléphone de quai (qui fonctionne en ce moment mais est parfaitement inaudible) et la réapparition envisagée de bancs pour s’assoir en attendant le train, il n’y a pas de quoi se lancer dans une sarabande échevelée.
Ceci dit, sauf la tarification, aucune décision n’est encore prise.
Il n’est pas trop tard pour crier : Que de coups de pieds à l’arrière-train qui se perdent !

Liens utiles :
Tarification TER de la région Basse-Normandie
Tarification TER de la région Pays de la Loire

P.-S.

Notes

[1] Claude-Marie Barbier

[2] Jacques Käser

[3] Jacques Truillet

[4] Transport Express Régional

[5] Chartres est dans la région Centre

[6] Une gare ne peut être vendue tant que la voie n’est pas désaffectée.

[7] Il n’y a jamais aucune pénalité quand l’usagerE prend le train dans une gare sans billetterie.

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