Ce qui a attiré l’attention du Pic Vert moqueur, c’est la réaction du 1er adjoint, René Théotime, au conseil du 23 juin, au moment du vote sur le compte rendu du conseil précédent.
Il lança à la maire :
« Ça, vous n’aviez pas besoin d’en parler ! »
« Quoi, ça ? » demanda Danièle Mary.
« Ce passage, là », dit-il en posant le doigt sur un paragraphe.
« Ah, vous voulez dire la ruelle ! »
René Théotime fut relayé par MM. Vallée et Duval tout aussi partisans de la censure pour cette affaire qu’ils qualifiaient d’ « affaire privée ».
Vous n’avez vraiment pas de chance, messieurs, de ne pas habiter à l’Hermitière où les conseils sont secrets, où les comptes rendus ne rendent compte de rien.
Que révélait donc le compte rendu du conseil du 9 juin pour susciter l’ire de ces trois censeurs ?
Ruelle reliant la Rue de l’église à la Place Pierre Veau : Par courrier en date du 4 mai, M. Granger informe le maire que, suite à une altercation avec 2 couples le 2 mai, il a, en accord avec ses voisins co propriétaires, décidé de placer des chaînes et panneaux indiquant que cette cour et ce passage ne faisaient pas partie des biens communaux mais étaient privés. En réponse, Mme le Maire lui a fait savoir que sur le cadastre la parcelle dite « cour commune » était référencée en bien indivis sous le nom de la SCI Nadvilla et M. Debont, qu’elle avait demandé au service des hypothèques des compléments d’information et qu’en l’attente de ces éléments elle ne pouvait cautionner une quelconque interdiction de passage sans au préalable s’être assurée de l’existence ou non d’une servitude d’usage public. Des barrières ayant été installées de part et d’autre de l’accès à la parcelle dite « cour commune », plusieurs personnes âgées se sont plaintes de ne plus pouvoir emprunter cette ruelle plus sécurisante que la rue de l’église et goudronnée il y a fort longtemps par la commune.

La condamnation de la ruelle a beaucoup choqué les très vieux -surtout très vieilles- habitantEs qui y galopaient, cartable à la main ou au dos, sur le chemin de l’école et qui, 70 ans, 80 ans plus tard, continuaient de l’emprunter pour se rendre à la pharmacie, chez le coiffeur, chez des amiEs.
« Je sors moins depuis la fermeture de la ruelle, disent des octogénaires. La rue est dangereuse. Si je tombe, j’ai peur des voitures. »
Rue de l’église, le trottoir passe au ras des maisons.
Aucune de ces personnes n’a jamais pensé que ce passage puisse être privé.
Même pas la commune qui le goudronnait ! (Le dernier goudronnage remonte à loin, mais la décision a été prise par un conseil municipal dans lequel au moins un résidant de cette cour siégeait.)

- Rue de l’église. A droite, l’entrée de la ruelle fermée

- Entrée rue de l’église

- Entrée côté place Pierre Veau
Les propriétaires riverains savaient eux, puisque la copropriété en indivision est indiquée sur l’acte de vente mais aucun, en un siècle au moins, n’avait eu l’idée d’en interdire l’accès.
Aucun jusqu’à l’arrivée du couple Granger, à l’été 2008, François et Isabelle, née ... Théotime.
Fille du conseiller-censeur.
Celle-ci, interrogée [1] sur le pourquoi de l’interdiction, n’a qu’une réponse : « privé ».
La ruelle est fermée « parce que c’est une propriété privée ». Elle ne répondra pas aux questions « parce que c’est une affaire privée » et même dira-t-elle « vous n’avez pas le droit d’en parler, c’est une affaire privée ».
Prétendre interdire au Pic Vert de parler ! Il y en a qui ne doutent de rien...

- Le point rouge indique la cour commune
Les Granger ont décidé d’interdire la ruelle de conserve avec le couple de voisins mitoyens, appelons-les X. Ces derniers sont plus avenants, même si la dame lance de discrets coups de coude à son époux pour lui rappeler de ne point trop en dire.
Ils racontent qu’ils se sont réunis avec les copropriétaires pour décider de la fermeture de la ruelle.
Quels copropriétaires ?
Eh bien, en plus des deux couples, des propriétaires d’une maison qui habitent à Margon, et d’autres qui habitent à Reims. Bon, ce n’était pas vraiment une réunion mais cela a été fait avec leur accord.
Le problème, c’est que la copropriété ne se limite pas à ces quatre propriétaires.
Ceux-ci sont tellement nombreux (au moins toutes les parcelles mitoyennes à la ruelle) que la matrice cadastrale indique :
Indivision SCI Nadvilla
Indivision M. Debont/Julien [2]
Indivisaires.
Les Granger-Théotime et le couple X font partie de la masse anonyme des « indivisaires ».
La SCI Nadvilla n’a pas été contactée, et pour cause : les locataires de cette SCI, la famille M. est aussi interdite de cour commune :
M. Granger nous a interdit l’usage de la ruelle, disent-ils. Il nous a dit que nous n’avions pas le droit. On a même construit une clôture pour que les enfants n’y aillent pas. Je suis obligée de faire le tour par la rue avec mes petits pour les emmener à l’école. C’était moins dangereux de passer par la ruelle. Vous dites que notre propriétaire est copropriétaire de la ruelle et que son usage fait partie de la location ? Nous ne le savions pas.

- La cour commune (en bleu). La SCI Nadvilla (locataires M.) est hachurée en rouge.
Le couple X poursuit :
« Ce passage a dejà été fermé il y a 30 ans. »
Renseignement pris, il y a eu une tentative de le fermer, tentative dont fort peu des usagerEs se souviennent : elle n’aurait duré que quelques jours.
« Il y a aussi des vélos qui passent. »
Là encore, ils doivent être rares les vélos qui circulent car aucunE des usagerEs n’en a croisé dans le passage.
« Mais admettons », disent les vieilles dames, « s’il y avait des vélos, ils pouvaient mettre des barrières sans interdire le passage aux piétons. Alors pourquoi interdire le passage aux personnes âgées qui l’ont toujours emprunté ? »
Le couple X sort l’inévitable argument de la sécurité :
« Qui sera responsable si une vieille dame glisse sur des feuilles mortes ou se fait heurter par un vélo ? »
On ne se souvient pas au village que ces accidents soient déjà arrivées. On voit mal aussi comment unE usagerE qui glisserait sur des feuilles mortes poursuivrait les co-propriétaires : rien que pour les dénombrer, cela prendrait des années !
M. X s’énerve :
« On trouve des capotes, des serviettes hygiéniques, certains s’assoient dans nos bacs à fleurs, vous trouvez ça normal ? »
Ben non, mais on suppose que les vieilles dames ont passé l’âge d’utiliser des serviettes hygiéniques et il est probable qu’elles auraient du mal à se relever s’il leur prenait l’idée folle de s’assoir dans les bacs à fleurs.
« Il y a aussi des petits vieux qui taquinent les légumes de mon potager à travers le grillage avec leurs cannes ! » poursuit M. X.
Ah la délinquance des vieux ! Voilà un sujet bien négligé par les médias !

- Dans la cour commune, le bac à fleurs

- Le potager de M. X. Derrière, la maison des M.
« On avait fermé il y a 30 ans pour que nos enfants en bas âge n’aillent pas sur la rue, indique le couple X. mais la barrière gênait l’artisan qui garait ses véhicules dans la cour. Nos enfants sont grands mais nous avons des petits enfants. »
Les seuls enfants petits sur la cour commune, ce sont les enfants de la famille M.
Et pour le moment, le couple Granger et le couple X leur interdisent la cour.
« Ils n’y ont pas droit », assène M. X, contre toute évidence.
Une vieille dame nous a affirmé que Mme X -qui le nie- lui avait donné l’autorisation de continuer à circuler dans le passage, et qu’elle avait retiré cette autorisation une semaine plus tard.
Pourquoi Mme X nie-t-elle ce geste d’humanité spontané ?
Parce que l’interdiction faite aux vieilles dames est logique. Si elles étaient autorisées, quels prétexte invoquer pour interdire l’accès à la ruelle aux enfants M. ?
Il n’est pas nécessaire de vivre dans un château pour penser que les locataires sont des citoyenNEs de seconde zone qui n’ont que les droits que « l’élite » propriétaire veut bien leur concéder. Les manants, on les tolère, à condition qu’ils restent à leur place. [3]
Les vieilles dames n’ont pas osé braver l’interdiction. Elles ne veulent pas se faire houspiller :
« J’ai passé l’âge de me faire disputer », disent certaines d’entre elles.
Et surtout, elles ne veulent « pas faire d’histoires ».
Résignées, elles se sentiraient coupables de semer la zizanie si elles protestaient.
Finalement, il suffit d’une dose de culot, une pincée de mépris et un zeste de morgue pour faire d’une ruelle à usage communal non pas une cour commune mais une propriété privée à l’usage exclusif de familles auto cooptées.
