La France est le seul pays européen qui refuse d’accorder le droit de vivre aux chômeurs de moins de 25 ans (interdits de RSA -ex-RMI-, trop précaires pour les allocations de chômage) et qui renvoie les plus indigentEs d’entre eux à la charité, à la mendicité, à la prostitution ou à la délinquance.
Pour exercer néanmoins un minimum de contrôle sur cette population, nos princes ont inventé les « missions locales », lesquelles, en guise de carotte, accordent quelques misérables aides ponctuelles à des conditions drastiques.
Ainsi, la mission locale du coin a-t-elle décidé d’aider au financement de permis de conduire de jeunes ruraux, à la double condition, explique la présidente au conseil de la ComCom, le 18 février 2010, que ceux-ci soient en possession d’une promesse d’embauche et qu’ils effectuent, en plus, un TIG de 15 jours dans une collectivité locale ou une association.
La ComCom du Val d’Huisne est sollicitée pour verser 350 € par permis.
Déjà, personne ne tique : 15 jours de boulot obligatoire pour 350 €, cela fait un SMIC mensuel à 700€ et un code du travail doublement malmené.
En outre, en 2009, le coût moyen d’un permis de conduire était de 1200€ [1].
Il n’est question que de morale. On se défend de faire de la « politique » mais on baigne dans l’idéologie.
Ainsi, la présidente de la ComCom l’assure :
Pas question d’aider à financer un permis de conduire pour convenance personnelle.
Manquerait plus que ça ! Les prolétaires n’ont le droit d’être aidés que pour autant qu’ils sont utiles à un patron. Le permis, c’est pour aller trimer pas pour se livrer à des activités incontrôlées.
A une autre époque, on aurait demandé à l’employeur de financer le permis de son futur salarié mais ceux-ci se sont habitués à être payés par les contribuables pour faire suer le burnous des gueux.
Et les 15 jours de travail obligatoire,
« C’est une condition sine qua non. C’est pour leur montrer qu’on n’a rien sans rien », ajoute la présidente.
Plusieurs déléguéEs de la ComCom reprennent en choeur le refrain.
A voir ces déléguéEs aux yeux usés, aux mains calleuses, à la démarche claudicante, on imagine tout le suite qu’ils ont trimé à l’usine dès leur adolescence en suivant les cours du soir pour obtenir leurs diplômes et qu’ils ont restitué à la collectivité tous les héritages qui leur échurent ...
Et s’ils ont élu comme monarque, plusieurs mandats de suite, un richissime noble châtelain latifundiste, c’est parce qu’ils croyaient qu’il s’était fait tout seul.
Une peu gênée quand même sur l’histoire du travail gratuit, la présidente tempère :
C’est surtout pour leur apprendre à se lever tôt.
Elle veut dire que ce ne serait pas un boulot de bagnard. Ce faisant, elle insinue que ces jeunes sont des fainéantEs (car, Éôs sait pourquoi [2], se lever tard est synonyme de paresse) à rééduquer, comme dans des camps de travail chinois. Il serait nécessaire de leur réapprendre la soumission à l’autorité : peu importe l’intérêt du TIG pourvu que le/la condamnéE soit à l’heure pour l’exercer.

Mesdames et Messieurs les conseillerEs, si ces jeunes sont inscritEs à la mission locale, c’est parce qu’à leur âge, certains ont connu plus de galères que vous n’en connaîtrez sans doute jamais dans toute votre vie, c’est parce que leur enfance a souvent baigné dans la misère et les frustrations. La plupart de ces jeunes savent depuis leur premier biberon, que, parce qu’ils/elles sont coupables d’être néEs dans une famille de précaires, ils n’auront jamais rien sans rien, et même pas grand chose en « travaillant plus » (les seigneurs ont réussi un temps à leur faire accroire -sinistre plaisanterie- qu’ils doivent leur condition à l’échec scolaire, mais cela ne prend plus).
Ce que vous leur montrez, en répétant les clichés des services de propagande des puissants, c’est que votre indifférence à leur égard sait se dissimuler sous la défroque des bons sentiments, que l’accoutrement de la bienfaisance déguise à grand peine une volonté de les soumettre et qu’il y a plusieurs catégories d’être humains :
les gueux « d’en bas » qui ont une « valeur d’usage » au même titre qu’une marchandise, qui ne « méritent » la considération des autorités que dans la mesure où ils « servent » les dominants (un patron, un chef, « l’autorité »), ou qu’ils se tiennent au garde-à-vous, le doigt sur la couture du pantalon, prêts à répondre aux ordres des susdits.
Tout au-dessus, les seigneurs, qui ont une valeur intrinsèque d’êtres humains, qui ont le droit d’exister par le fait même qu’ils existent, auxquels, par peur, par lâcheté, nous accordons le droit de commander, d’asservir, d’exploiter, d’affamer.

La mission locale a créé « un comité opérationnel », instance qui va contrôler que toutes les conditions sont bien remplies par les candidatEs à l’aide au permis de conduire. Y siégeront plein de gens très bien, très propres sur eux, qui se lèvent tôt. Des fonctionnaires, des éluEs. Qui ne voient rien à redire aux dons offerts par la collectivité aux florissants actionnaires des entreprises locales, fussent-elles mondiales.
Au conseil de la ComCom, aucunE volontaire ne se désigne pour assurer le flicage des jeunes. La présidente se déclare volontaire par défaut.
La schlague n’est pas encore fournie.