Le compte rendu du conseil du 15 janvier 2009 a conservé l’empreinte de l’engouement des déléguéEs pour ce projet :
Extrait du compte rendu officiel du conseil du 15 janvier 2009I) Présentation du projet skate
Mme La Présidente remercie les jeunes de leur présence en nombre dans l’assemblée et les laisse présenter, avec l’aide de Matthieu Millet, le projet qu’ils ont eux même élaboré.
Ce projet formulé par les jeunes, pratiquant le skate et le bmx et résidant sur le territoire de la Communauté de Communes, consiste en la création d’un espace sécurisé et structurant inscrit dans le cadre de la gestion citoyenne en autonomie.
Ce projet est évolutif et se décompose en 3 secteurs : un skate park (1), avec en son centre la possibilité d’y intégrer un espace scénique (2) utilisable pour la fête de la musique, un cinéma de plein air, les animations scolaires … le tout encadré d’un bike park (3). Des animations spécifiques (rencontres, concerts, …) pourraient être organisées par le biais d’associations.
Un tel site est représentatif d’un espace de liberté, de convivialité, d’échanges de rencontres, et de confrontation dans le respect, adapté et intégré par les jeunes. La contrainte pour une évolution en toute sécurité nécessite une surface absolument propre de façon à ne pas générer de chute ni de blessures supplémentaires en cas de chute. C’est un espace totalement libre d’accès. Par conséquent sa situation géographique impose de ne pas l’isoler. Pour limiter son accès l’éclairage nocturne est déconseillé.
Le power-point présenté a été réalisé par les jeunes qui ont consacré environ 60 heures à sa réalisation.
• Le skate park
Le skate park est un espace de forme rectangulaire de 30m de long sur 17m de large soit une surface de 510 m². Celui-ci est constituée d’un enrobé avec une finition lisse sur lequel sont installés des modules de différentes formes. Ces modules sont composés d’armatures en acier galvanisé soudées entre elles et sur lesquelles sont apposés des panneaux de bois éventuellement recouverts de feuilles d’aluminium et protégés par une couche de résine. On obtient ainsi une qualité de roulage optimum. Ces modules nommés « quarter, half pipe, fun box, plan incliné », sont disposés de manière à réaliser et à enchainer des figures acrobatiques dans le but d’augmenter la difficulté technique au fur et à mesure de l’entrainement. Les figures sont constituées de franchissement d’obstacles par des sauts, des glissades ou en roulant en équilibre tout en imprimant un mouvement au skate à l’aide des pieds. Ce complexe permet de façon similaire la pratique du roller sur les mêmes bases d’évolution. De plus un point d’eau est envisagé pour permettre aux jeunes de se désaltérer.
• L’espace scénique
Il est disposé en appui sur deux quarters en vis-à-vis et il fait face à la surface bitumée. Cette structure est composée d’armatures métalliques s’emboitant entre elles et ayant plusieurs points d’appui au sol. La surface de cette structure est recouverte de plaques en bois formant un plancher de 4,5 m de coté sur 9 m de long soit une scène de 40 m². L’installation d’une borne électrique disposée à proximité est nécessaire au branchement du matériel de sonorisation de spectacles. En face de la scène, au centre de l’espace bitumé la « fun box » permet la mise en place d’une table en position surélevée pour y installer la sono lors de manifestations culturelles.
• Le bike park
C’est un parcours de forme rectangulaire de 50m de long sur 25m de large, soit un développement de 150 m de long. La surface de roulement est constituée de terre recouverte d’une couche de falun d’environ 15 cm d’épaisseur, de virages relevés, de tables de sauts, d’enchainement de woops et de tremplins. Il pourra être utilisé pour des courses à multiples concurrents pour les duels, des démonstrations acrobatiques, des contests, de l’entraînement technique au franchissement d’obstacles.
Les financeurs potentiels sont : l’État, le Conseil Régional, le Conseil Général, la C.A.F., la M.S.A., le Fond Européen Jeunesse, la D.D.J.S. envie d’agir, et le Parc Naturel Régional du Perche. Après réponses aux nombreuses questions posées par les élus sur les aspects spécifiques de ce sport, Mme La Présidente informe que ce projet fera l’objet d’une étude par la commission enfance jeunesse afin de rechercher les financements indispensables et félicite les jeunes pour la qualité de leur travail. A noter que cette présentation, fruit d’un souhait de longue date, a été applaudie à deux reprises par les élus.
Rarement on avait vu projet si achevé, à l’exception de la Maison de la petite enfance peut-être, ni exposé technique préalable si clair et précis. (Ne remuons pas le couteau dans la plaie en rappelant la piscine-pédiluve qui affichait un coût de 2.375.506€ en mars 2009, avant les dernier travaux de redressement de la pente, construite à la va-comme-je-te-pousse dans un épais brouillard comptable).
Côté finances, même les financeurs potentiels étaient précisés : « l’Etat, le Conseil Régional, le Conseil Général, la C.A.F., la M.S.A., le Fond Européen Jeunesse, la D.D.J.S. envie d’agir, et le Parc Naturel Régional du Perche ».
La suite incombait au conseil.
« Mme La Présidente informe que ce projet fera l’objet d’une étude par la commission enfance jeunesse afin de rechercher les financements indispensables ». C’est écrit en toutes lettres dans le compte rendu de janvier 2009 !
Mais depuis 13 mois, la commission a pris soin de ne pas chasser la poussière sur le dossier.
Et le voici qui réapparaît à l’occasion de la discussion sur le prochain budget. Après le don surprise de 300.000€ pour les actionnaires de ThyssenKrupp, le prétexte du manque d’argent pour l’ajourner encore aurait pu fâcher les jeunes créateurs du projet.
Claude-Marie Barbier rappelle brièvement de quoi il s’agit, avance le coût approximatif de 170.000€, et précise que la commune du Theil céderait gratuitement le terrain [2].
Subitement, les escopettes sortent des clochers :
Pourquoi pas à St-Agnan ? dit le maire de St-Agnan.
Pourquoi pas à Mâle ? On a aussi du terrain, dit la maire de Mâle.
J’ai dit qu’on avait du terrain et que les enfants intéressés sont surtout du Theil, répond le maire du Theil, mais cela n’oblige en rien.
J’ai tout un public qui serait intéressé mais qui ne viendra pas au Theil, affirme la maire de St-Germain de la Coudre.
Olivier Rouillon change de ... terrain :
Allez-vous nous dire combien de jeunes sont concernés ? demande-t-il à la présidente.
Actuellement, le projet repose sur 12 jeunes, répond-elle.
Rouillon, l’air faussement dubitatif, lance :
12 - 170.000€.
Rouillon fait l’âne. Il confond usagers et concepteurs du projet. 12 pour travailler sur un projet, c’est énorme, beaucoup plus que ce qu’on voit d’habitude chez les adultes. Combien ont travaillé sur la Maison de la petite enfance ? Et sur la piscine-pédiluve ?
Rouillon reprend :
Actuellement, il y a la piscine pour les jeunes, la médiathèque, la ludothèque...
Claude-Marie Barbier :
Vous trouvez qu’il y en a trop pour les jeunes ?
Rouillon :
Non, non, je n’ai pas dit ça, je dis qu’il en faut pour tout le monde. Il faut de l’équité.
La présidente :
C’est une volonté délibérée de créer des structures pour les jeunes, de leur proposer des activités afin qu’ils trouvent leur place dans la communauté de communes, qu’il s’insèrent dans la société, qu’ils ne soient pas à la rue, livrés à eux-mêmes...
Rouillon s’écrie :
C’est de la politique !
C.-M. Barbier :
Non, ce n’est pas de la politique !
Ce conseil ne fait pas de politique !
Politique : du grec politikos, de polis, ville.
Qui a rapport aux affaires publiques.
Que fait ce conseil si ce n’est de la politique ?
Des déléguéEs font part de leur crainte que ce site ne soit l’objet que d’un engouement éphémère.
Christine Crespon les rassure :
Il y en a qui fonctionnent depuis longtemps à Margon, à la Ferté et ils n’ont rien d’éphémère, les jeunes aiment toujours y aller.
Martine Georget propose de ... rencontrer les jeunes pour s’informer de leurs attentes.
C.-M. Barbier rappelle :
Mais c’est ce qu’il veulent, c’est leur projet, ce n’est pas le nôtre. Il ne se passe pas une semaine sans qu’ils ne m’en parlent !
Les membres de la commission Enfance-jeunesse [3] se cantonnent dans un silence assourdissant.
Enfin, Claude Barbier intervient pour mettre en valeur l’aspect « festif » de ce futur « lieu de rassemblement ». Après avoir fourni ce minimum syndical, le 2e vice-président replonge dans le silence.
Mais Olivier Rouillon ne désarme pas :
Je reprends sur l’équité. Par exemple, aujourd’hui, si vous voulez faire une exposition, vous la faites où ? Il n’y a pas de lieu.
François Goulet rétorque :
Des salles existent déjà dans les communes de la communauté de communes, il faut les utiliser. On peut même utiliser des salles privées comme la cidrerie de l’Hermitière. Personne ne sait dans le canton qu’il y a une communauté de communes.
Christine Crespon lance un pavé dans la mare :
Chez nous [4], on ne parle jamais de la communauté de communes au conseil municipal.
Danièle Mary :
Au conseil de St-Germain de la Coudre, je distribue systématiquement les comptes rendus du conseil de la communauté de communes.
Apparemment, St-Germain est une exception.
François Goulet reprend :
Quelle réponse donnons-nous aux ados ?
La présidente interroge aussi :
Est-ce qu’on met, cette année, une somme sur le bike park ?
On décide de reporter la décision après examen des deux autres projets.
Le second projet est l’extension de la médiathèque dont la conseil a déjà discuté maintes fois.
Rien à dire de plus que le compte rendu officiel :
Extension de la médiathèque : Le manque de surface et la difficulté d’accès aux personnes à mobilité réduite justifient l’étude de l’extension de la médiathèque. La DRAC pourrait financer le projet à hauteur de 20% à condition que le bâtiment soit situé en centre bourg. Il faut compter un prix de rénovation de 1 000 € du m2 soit un coût global estimé à 400 000 € incluant l’achat du bâtiment à la commune du Theil sur Huisne, la rénovation de la maison « Plard » et l’installation d’un ascenseur.
Le troisième projet concerne la création d’un télécentre, un nouveau projet qui n’a jamais été abordé au conseil de la ComCom mais qui sera adopté aussi rapidement que la donation aux patrons de ThyssenKrupp.
C’est le genre de gadget très onéreux qui plaît au Conseil général. D’ailleurs, le nom même de cette initiative sent le gadget : « nomades 100 ». Aider, même modestement, les personnes atteintes d’Alzheimer ne rapporte rien en terme de notoriété, alors que ce genre d’opération bling-bling peut faire croire aux gogos qu’on est à la pointe de la modernité...
Oyez, oyez, braves gens ! Après la fabuleuse subvention versée à Altitude telecom, voici « Nomades 100 », prochain trou noir aspirateur de fonds publics.
La présidente résume :
Destinée aux télétravailleurs salariés ou indépendants, cette structure doit
comporter 3 ou 4 bureaux équipés en très haut débit, un « hot-spot » wifi, une salle de télé projection, une salle de réunions.
Accessible 7 jours sur 7 et 24h/ 24, le site serait équipée en télésurveillance. On pourrait profiter de subventions dans
le cadre des PER, Pôles d’Excellence Rurales. J’ai pensé que ce serait intéressant de ne pas rater les 33% de subventions. Le conseil général verserait 40.000€. L’école de St-Agnan avec ses trois grandes salles est fermée et pourrait être utilisée. Elle est en outre à 2km de la fibre optique. Pourquoi ne pas y accueillir des expositions ?
Il est obligatoire que les bâtiments soient classés HQE (Haute Qualité Environnementale).
Elle précise :
Il faut se porter candidat avant le 20 février.
On est le 18 février...
Danièle Mary demande une projection du budget sur 2 à 3 ans.
La présidente indique :
Pour le bike park, ça va être en plusieurs étapes.
On avait cru comprendre que ce projet était un tout. Et plusieurs étapes signifie chantier permanent pendant plusieurs années. Pour apprendre la sécurité aux ados, on ne fait pas mieux. A moins que l’on ait déjà prévu de s’arrêter à la première étape, pour solde de tout compte. De quoi vous plaignez vous, ados ? On vous a fait une piste de bike (ou de skate) ! Ah ! Vous vouliez les deux, et l’espace scénique en plus ! Mais c’est qu’ils ne sont jamais contents ces garnements ! Quelle ingratitude !
La présidente a oublié d’indiquer le coût estimé du télécentre. C’est Mickaël Leblanc qui précise :
« Environ 400.000€ »
Mazette !
Prudemment, le projet n’est pas chiffré dans le compte rendu officiel.
Ce que la présidente omet aussi de dire, c’est que les 33% de subventions ne sont pas une nouvelle ressource affectée par l’État : ils incluent des aides existantes telles que la dotation de développement rural ou certains fonds européens. On déshabille Pierre pour habiller Paul.
On s’attend à ce qu’Olivier Rouillon s’écrie :
3 à 4 bureaux - 400.000€ !
Mais il ne dit rien.
On s’attend à ce qu’il réclame un budget prévisionnel, parce que mettre aux normes HQE une école vieille de plus d’un siècle nécessitera une grosse enveloppe, mais non.
Lui qui chipote lorsqu’il s’agit de verser quelques centaines d’euros à la culture ne dit rien, alors que ce conseil décide de se lancer dans un projet à 400.000€ (minimum) sans la moindre étude de marché, sans la moindre manifestation des besoins, sans savoir s’il y aura un seul client.
C’est le fait du Prince, lequel est désigné par lapsus interposé dans le compte rendu officiel :
Qui est ce mystérieux « Président » qui parle de « démarche globale à l’échelle du Perche ornais », de
« maillage de télécentres sur plusieurs communautés de communes » et qui est autorisé à « déposer une
candidature aux deux appels à projets PER et Nomade 100 » ? [5]
Un fantôme hante la ComCom ! Sors d’ici Monseigneur l’ectoplasme !
Pour finir, la présidente soumet tous les projets au vote.
Pour l’aménagement du garage de la maison de la petite enfance ?
Oui à l’unanimité.
Pour le dépôt du dossier pour le télécentre ?
Oui à l’unanimité.
Pour l’extension de la médiathèque ?
Oui à l’unanimité.
Pour le skate bike Park, « en partant du principe que tout ne se fera pas tout de suite et que ça peut être délocalisé partout dans la communauté de communes » ?
La discussion repart.
Pierre Chevreau grommelle :
Faut savoir si c’est durable.
Claude-Marie Barbier répond :
Vous savez, dans 20 ans, il n’y aura plus besoin du centre de télétravail, il y aura du très haut débit partout ! Pour une fois, l’initiative part des ados. Ce n’est pas une structure imposée par les adultes comme par exemple un club de foot. C’est ce qu’ils veulent. D’ailleurs, il faut les intégrer dans le groupe de travail.
Des déléguées lancent que refuser ce projet serait assez frustrant pour les jeunes et leur donner une bien piètre image de la ComCom.
Finalement, l’étude du projet débité en tronçons est adopté moins 3 abstentions.
A aucun moment il n’a été question des subventions dont il pourrait bénéficier.
Aurait-il été estimé à 10.000€ qu’il aurait encore été trop cher aux yeux de certains de nos représentants.
Quant au projet de télécentre, la délibération indique que le conseil approuve « son plan de financement ». Approuver un plan de financement sans chiffrer officiellement une opération, voila une façon originale d’établir un budget.
Comme on dit, quand on aime (son conseiller général), on ne compte pas.
