Exercice :
Vous êtes un commentateur des résultats comme on en entend des dizaines depuis dimanche soir.
Vous analysez, tenez, par exemple, les suffrages à Mâle.
Vous lisez : 20,83% de voix pour l’extrême droite.
Ouah !
Si la commune de Mâle représentait un enjeu national, on les entendrait gloser, nos oligarques, sur ces 20,83% !
Les bénéficiaires de ces résultats se rengorgeraient, se féliciteraient que « le peuple », comme ils l’avaient prévu, préfère l’original à la copie (voir en région PACA et dans le Nord-Pas de Calais), leurs concurrentEs nous feraient peur, décrétant la mobilisation générale derrière leur drapeau.
Le calcul de ce % est réalisé sur le nombre de suffrages dits « exprimés ». Dans notre système électoral, les abstentions et les suffrages nuls ou blancs ne sont pas considérés comme des suffrages exprimés.
Comme si les abstentionnistes n’exprimaient rien en s’abstenant ! Comme si les électeurs qui votent blancs n’avaient rien dans le crâne !
A Mâle, il y a eu 69,78% d’abstention (en comptant les blancs et nuls). Si on rapporte le nombre de suffrages en faveur de l’extrême droite au nombre d’inscrits, ce que les « officiels » ne font jamais, on arrive à 7,14%.
Vous voyez, cela relativise.
Et encore, on ne compte pas dans ces % les habitantEs qui ne se sont pas inscritEs sur les listes électorales. Ni évidemment, les habitantEs qui ne peuvent pas être électeurs.
Ce qui est notable, dans le canton, c’est l’énorme masse des abstentionnistes :
| Mâle | 69,78% |
| Ceton | 68,66% |
| Saint-Germain-de-la-Coudre | 68,21% |
| La Rouge | 66,64% |
| Le Theil | 61,28% |
| Saint-Hilaire-sur-Erre | 59,99% |
| Gémages | 56.90% |
| Bellou-le-Trichard | 54,50% |
Seules deux communes sont au-dessous des 50%, mais de fort peu :
| L’Hermitière | 47,73% |
| Saint-Agnan-sur-Erre | 47,43% |
Tous les abstentionnistes ne sont pas certes pas des « à-quoi-bonistes » mais ce que l’on entend en ce moment, c’est :
A quoi on voter ? Cela ne change rien.
A quoi bon voter, « ils » ne respectent jamais leurs promesses.
A quoi bon voter, « ils » font de toute façon ce qu’ils veulent.
On entend beaucoup parler de « crise économique » (il faut faire avaler à la plèbe la prétendue nécessité de se sacrifier encore), jamais de la crise politique, jamais de la crise de la représentativité des princes qui nous gouvernent.
Et pourtant...
Moins de 11,5 millions d’électeurs (sur environ 65 millions d’habitantEs), 25,75% des inscritEs, s’étaient prononcés pour Nicolas Sarkozy au 1er tour, et seulement 42,69% (18 983 138 voix) le 6 mai 2007.
François Mitterrand avait à peine fait mieux en 1988 : 43,76% des inscritEs (27,19
% au 1er tour).
Aux dernières élections de conseiller général, Gilles du Buisson de Courson a mobilisé 29,58% des inscritEs (1588 voix sur 7620 habitants) au 1er tour, 35,47% (1904 voix) au second tour.
Quand bien même auraient-ils été plébiscités, peut-on nommer « démocratie » un système qui octroie aux éluEs un pouvoir régalien, un système qui fait des administréEs des sujetTEs impuissantEs qui n’ont qu’un seul droit : subir en attendant les élections suivantes qui leur permettront, peut-être, d’élire un nouveau seigneur qui les (mal)traitera à sa sauce.
L’énorme « mouvement » abstentionniste du 1er tour des élections régionales met en cause les règles du jeu de notre monarchie élective.
Mais l’oligachie n’en à cure. Elle continuera à discuter à perte de vue sur les % truqués des suffrages « exprimés » comme elle discute en permanence sur des sondages bouffons.
On n’y coupera pas : Si on veut reprendre en main notre vie, notre avenir, compter sur les prochaines élections serait aussi efficace que bayer aux corneilles.
Compter sur l’abstention aussi.
Les élections sont un moyen parmi d’autres pour se faire entendre mais ce n’est pas avec les urnes qu’on pendra notre système monarchique à durée déterminée à la lanterne.
Les moyens, pour la plèbe, de se faire respecter entre deux scrutins ne manquent pas, pacifiques et collectifs.