Le Pic Vert moqueur
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Abstentionnistes

Régionales : la monarchie à la lanterne

mercredi 17 mars 2010, par le Pic Vert

Entre 60% et 70% d’abstentions sur 6 des 10 communes du canton lors du 1er tour des élections régionales [1]. A peine moins pour les autres.
A chaque élection, l’oligarchie politique déplore le nombre d’abstentions. Lance une réflexion rapide sur les causes de la désaffection des urnes : les électeurs n’auraient pas compris l’enjeu du vote, ils ne sauraient pas à quoi servent les institutions. Ils sont un peu bêtas, les électeurs ! Et puis passe vite à « l’analyse » des pourcentages obtenus par les listes, comme si ceux-ci étaient représentatifs.
L’essentiel est d’éviter que les électeurs posent la question de la légitimité de ce système politique où nos « représentantEs » sont si mal éluEs, où nos « représentantEs » représentent si peu...

Exercice :
Vous êtes un commentateur des résultats comme on en entend des dizaines depuis dimanche soir.
Vous analysez, tenez, par exemple, les suffrages à Mâle.
Vous lisez : 20,83% de voix pour l’extrême droite.
Ouah !
Si la commune de Mâle représentait un enjeu national, on les entendrait gloser, nos oligarques, sur ces 20,83% !
Les bénéficiaires de ces résultats se rengorgeraient, se féliciteraient que « le peuple », comme ils l’avaient prévu, préfère l’original à la copie (voir en région PACA et dans le Nord-Pas de Calais), leurs concurrentEs nous feraient peur, décrétant la mobilisation générale derrière leur drapeau.
Le calcul de ce % est réalisé sur le nombre de suffrages dits « exprimés ». Dans notre système électoral, les abstentions et les suffrages nuls ou blancs ne sont pas considérés comme des suffrages exprimés.
Comme si les abstentionnistes n’exprimaient rien en s’abstenant ! Comme si les électeurs qui votent blancs n’avaient rien dans le crâne !
A Mâle, il y a eu 69,78% d’abstention (en comptant les blancs et nuls). Si on rapporte le nombre de suffrages en faveur de l’extrême droite au nombre d’inscrits, ce que les « officiels » ne font jamais, on arrive à 7,14%.
Vous voyez, cela relativise.
Et encore, on ne compte pas dans ces % les habitantEs qui ne se sont pas inscritEs sur les listes électorales. Ni évidemment, les habitantEs qui ne peuvent pas être électeurs.

Ce qui est notable, dans le canton, c’est l’énorme masse des abstentionnistes :

Mâle 69,78%
Ceton 68,66%
Saint-Germain-de-la-Coudre 68,21%
La Rouge 66,64%
Le Theil 61,28%
Saint-Hilaire-sur-Erre 59,99%
Gémages 56.90%
Bellou-le-Trichard 54,50%

Seules deux communes sont au-dessous des 50%, mais de fort peu :

L’Hermitière 47,73%
Saint-Agnan-sur-Erre 47,43%

Tous les abstentionnistes ne sont pas certes pas des « à-quoi-bonistes » mais ce que l’on entend en ce moment, c’est :
A quoi on voter ? Cela ne change rien.
A quoi bon voter, « ils » ne respectent jamais leurs promesses.
A quoi bon voter, « ils » font de toute façon ce qu’ils veulent.

On entend beaucoup parler de « crise économique » (il faut faire avaler à la plèbe la prétendue nécessité de se sacrifier encore), jamais de la crise politique, jamais de la crise de la représentativité des princes qui nous gouvernent.

Et pourtant...
Moins de 11,5 millions d’électeurs (sur environ 65 millions d’habitantEs), 25,75% des inscritEs, s’étaient prononcés pour Nicolas Sarkozy au 1er tour, et seulement 42,69% (18 983 138 voix) le 6 mai 2007.
François Mitterrand avait à peine fait mieux en 1988 : 43,76% des inscritEs (27,19 % au 1er tour).

Aux dernières élections de conseiller général, Gilles du Buisson de Courson a mobilisé 29,58% des inscritEs (1588 voix sur 7620 habitants) au 1er tour, 35,47% (1904 voix) au second tour.

Quand bien même auraient-ils été plébiscités, peut-on nommer « démocratie » un système qui octroie aux éluEs un pouvoir régalien, un système qui fait des administréEs des sujetTEs impuissantEs qui n’ont qu’un seul droit : subir en attendant les élections suivantes qui leur permettront, peut-être, d’élire un nouveau seigneur qui les (mal)traitera à sa sauce.

L’énorme « mouvement » abstentionniste du 1er tour des élections régionales met en cause les règles du jeu de notre monarchie élective.
Mais l’oligachie n’en à cure. Elle continuera à discuter à perte de vue sur les % truqués des suffrages « exprimés » comme elle discute en permanence sur des sondages bouffons.
On n’y coupera pas : Si on veut reprendre en main notre vie, notre avenir, compter sur les prochaines élections serait aussi efficace que bayer aux corneilles.
Compter sur l’abstention aussi.
Les élections sont un moyen parmi d’autres pour se faire entendre mais ce n’est pas avec les urnes qu’on pendra notre système monarchique à durée déterminée à la lanterne.
Les moyens, pour la plèbe, de se faire respecter entre deux scrutins ne manquent pas, pacifiques et collectifs.

Notes

[1] 14 mars 2010

2 Messages de forum

  • Régionales : la monarchie à la lanterne 17 mai 23:51, par Pie comptable

    Cher Pic vert ! Il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. Le second tour est aussi intéressant. Si on poursuit votre magistrale démonstration, il y en a un qui a du se sentir mal le soir de cette élection. Son parti (l’UMP) a recueilli moins de 19% des inscrits sur le canton. Les autres (PS-PC) a peine mieux avec 23%. Et dans son fief de l’Hermitière, le parti de ce conseiller général a obtenu 23% des inscrits ... 10% de moins que les adversaires (33% pour le PS-PC). La carrière politique de cet homme risque de se terminer en eau de boudin.

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    • Petits extraits de« GOTHA CITY, Enquête sur le pouvoir discret des aristos » de Laure de Charette et Benoist Simmat, éditions du moment 2009.

      ... Les gens du village ont souvent fait du vélo avec les « gamins du chateau », puis ils ont chassé avec « les fils de monsieur le comte ». Le jour venu, ils sont fiers de porter à leur tête celui qui joue, plus ou moins consciemment, le rôle ancestral de seigneur local.

      ... Les politiques à particule ne dérogent jamais à la règle. « C’est une manière d’être présent, de s’acquitter des obligations héritées de leurs ancêtres par rapport aux gens du village » explique la sociologue Monique de Saint Martin.

      ... Leurs pères avant eux ont présidé aux destinées de ces milliers de villages du terroir. A croire qu’au moment de l’héritage, la mairie figure au testament !...

      ... « La politique, c’est une sorte de virus famillial » tranche Blanche de Kersaint du Bottin Mondain, qui intègre désormais les responsabilités électorales dans sa liste mondaine. Elle n’hésite pas à parler de « relents de vielle monarchie » : « Quand vous êtes maire et chatelain, vous contrôlez les taxes, les impositions, comme à l’époque féodale »...

      ... Ces aristocrates ont su apprivoiser les urnes, séduire les électeurs, arpenter les marchés, se soumettre au diktat de la démocratie, eux dont les ancêtres étaient choisis par le roi- et lui seul- et dont le souvenir hantent leur éducation et leur jeunesse.Au seul palais du Luxembourg, ils sont proportionnellement six fois plus nombreux que dans la population française. Le vice président de cette institution républicaine est donc Rolant du Luart, un authentique marquis dont le véritable état civil est Laurent Le Gras du Luart de Montsaulnin. Henri de Raincourt, l’ancien chef de file des sénateurs UMP, est lui aussi marquis...

      ...Des aristocrates investis à gauche, cela n’existe pas, ou très peu... il n’y a que des exceptions. La député socialiste Marie Pierre de la Gontrie, fille d’un baron et « parente, dit -elle de l’ancien ministre Hervé de Charette de la Contrie, le C et G s’étant confondus au fil du temps » ... Le business man Marc Ladreit de Lacharrière finance la fondation de Martine Aubry, et que l’inspecteur des finances François villeroy de Galhau, ancien directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn, est membre des Gracques, ce groupe de Hauts fonctionnaire socialistes qui souhaitent une rénovation de la gauche française...

      Un Livre à lire, absolument.

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