Le Pic Vert moqueur

Farce aquatique

H2O l’innommable

samedi 29 mai 2010, par le Pic Vert

On ne sait plus comment nommer la chose. Claude Marie Barbier, présidente de la ComCom du Val d’Huisne, dit maintenant que ce n’est pas une piscine. Claude Barbier, 2e vice-président, avait imposé le nom de “H2O” avec interdiction au conseil de discuter ce nom choisi par la commission. Et on comprend pourquoi. H2O = eau et effectivement, il y a de l’eau.
Sauf que le conseil de la ComCom avait décidé la construction d’une piscine et que la chose nous a déjà coûté plus de 2,8 millions.

Au conseil du 20 mai, Claude Barbier propose de fermer la piscine le jeudi :
- Ce jour-là, la fréquentation est faible, voire nulle, dit-il.
Quelques minutes plus tard, il précisera qu’il y a d’autres jours de la semaine où la fréquentation est faible.
Puis, il propose une modification du planning qui limiterait l’accueil des scolaires au cycle 3 (à partir du cours moyen) jusqu’à la 6e.

Cri du coeur de Christine La Louze :
- Ah ! Non ! Ces enfants s’ennuient dans l’eau !

Sans doute unique en France, la ComCom du Val d’Huisne possède une piscine dans laquelle les enfants s’ennuient.

Christine La Louze est institutrice à St-Germain de la Coudre et l’école de cette commune est classée école pilote pour l’apprentissage de la natation, c’est dire si cette conseillère, qui fréquente aussi la piscine à titre privé, en parle en connaissance de cause.

Christine La Louze poursuit :
- De la maternelle au CE1, c’est très bien pour commencer, pour apprendre à nager, ils ont pied. Elle est adaptée aux petits mais pas du tout aux plus grands.
Ces derniers ne savent plus quoi faire dans l’eau et vous dites que vous allez commencer au CM !
Les enfants qui savent nager n’ont plus rien à y faire. Il n’y a pas moyen de faire des longueurs. Ce n’est pas une piscine pour nager. On ne peut même pas les laisser sauter, ni plonger.

Précision : le bassin fait 13m de long et environ 7m sur sa plus grande largeur. Il n’est pas assez profond pour plonger et pas assez grand pour sauter.

- C’est un bassin d’apprentissage, c’est pour ça que ça a été conçu, affirme Claude Marie Barbier.

Eh bien non.

Il y a 7 ou 8 ans, quand le syndicat intercommunal constitué pour construire une piscine à Nogent le Rotrou a sollicité la ComCom pour se joindre aux communes adhérentes [1], Gilles du Buisson de Courson, alors président de le ComCom, avait déclaré que nous allions construire notre piscine bien à nous, à Ceton, et personne n’a dit le contraire. De toute façon, presque personne n’osait dire le contraire quand Monseigneur décidait. Il a dit “piscine”, pas “bassin d’apprentissage”.

Les superchefs de la ComCom ont commencé à parler discrètement de “bassin d’apprentissage” une fois la chose construite, quand ils l’ont vue en grandeur réelle... Quand ils ont vu que ce n’était pas une piscine pour nager. Ni pour sauter. Ni pour plonger. Bref, que c’était une piscine infréquentable. A tel point qu’une maître-nageuse, embauchée il y a quelques mois, a déjà démissionné de son emploi de surveillante de barbotière.

Parler de piscine pour cette farce aquatique, ce pédiluve, cet établissement de bains minuscule et prétentieux comme l’écrivait un piaf du canton commençait à provoquer des sarcasmes.

Mais « bassin d’apprentissage pour petits enfants » aurait été plus juste parce qu’apprendre à nager dans cette grosse baignoire quand on est adulte, c’est limite.

Claude Barbier énumère les chiffres de la fréquentation : 536 personnes par semaine, y compris scolaires, aquagym, leçons de natation, prénatal, aquaphobie, bébés nageurs, “jardin aquatique”.

- L’objectif n’est pas d’avoir du monde sinon on se gêne ! constate Christine La Louze. Il faudrait qu’il y en ait un petit peu, tout le temps.

Mais, on ne sait toujours pas combien la chose a coûté.

- Il aurait été bien qu’on ait un bilan général, dit Danièle Mary.
- Vous allez l’avoir à l’euro près, promet la présidente qui ajoute : On est sur les 2,8 millions d’euros d’origine.

Petit rappel : A l’origine, le conseil de la ComCom avait voté pour une piscine (et non pour un bassin d’apprentissage) de 1,5 millions d’euros.
Au conseil du 12 mars 2009, on en était à 2 565 000€ HT. En un an, on a encore alourdi l’addition.
Il est vrai que la ComCom est en procès contre l’architecte suspecté d’avoir eu la main trop lourde sur la pente (13% au lieu de 10% !) et qui a été de nouveau payé pour la redresser, mais “il n’y a toujours pas de nouvelle du référé”, comme l’indique la présidente.

- La commission Travaux n’a jamais été invitée à suivre les travaux, constate encore la maire de St-Germain de la Coudre.
- Il avait été précisé que les membres de la commission pouvaient se rendre sur les réunions de chantier tous les mardis matin mais personne ne venait jamais, riposte la présidente.
Et pour cause, les réunions étaient uniquement sur “convocation” indique le 2e vice-président. Et de convocation, il n’y en eu point.

Sous Gilles du Buisson de Courson (la majeure partie de la piscine a été construite sous le règne de Monseigneur), ce type de réunions de chantier n’était pas ouvert aux membres du conseil. On a vu pour la Tête noire que même le principal concerné était exclu de la discussion sur les travaux.
Gilles de Courson est un adapte du secret dans la gestion publique.
Il a fallu attendre son départ pour que les membres de la commission Travaux aient la possibilité de remplir leur mission [2].

Compte tenu de ce que la « farce aquatique » va aussi nous coûter en frais de fonctionnement (elle n’est même pas aux normes Haute Qualité Environnementale !), H2O mériterait bien le surnom de « dernière coursonnerie ».

La population du canton pourra remercier Monseigneur le 3 juin à 18h30, lors de l’inauguration de son oeuvre aquatique [3].

Au fait, le conseil a adopté le nouveau planning qui privilégie l’accueil des enfants qui s’y ennuient.
Si ce conseil écoutait les usagerEs, même quand celles-ci sont membres de ce conseil, cela se saurait.

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H2O avant les travaux de redressement de la pente.

Notes

[1] dans ce cas-là, la ComCom aurait apporté sa contribution financière, en échange les résidantEs de la ComCom auraient bénéficié du tarif préférentiel

[2] La construction de la Maison de la petite enfance fut, de ce point de vue, un modèle de transparence.

[3] Celle-ci est édifiée derrière la mairie de Ceton

2 Messages de forum

  • H2O l’innommable 31 mai 09:46

    Demandez aux enfants qui fréquentent le centre de loisirs du Theil. D’habitude il y avait une sortie à la piscine de Nogent le Rotrou et rien que l’idée d’y aller les réjouissait. Cette année c’était à la piscine de Ceton. Ils ne veulent plus y retourner. Mais je crois que le centre de loisirs a obligation d’utiliser les infrastructures de la ComCom. Alors adieu les plongeons, les glissades, la natation dans une vraie piscine.

    D’avoir dit non à l’adhésion de la piscine de Nogent le Rotrou était une erreur. D’avoir imaginé une piscine aussi petite que celle de Ceton est une autre erreur.

    Comment en est-on arrivé là ? A quoi servent les comités de travail qui bâtissent les futurs projets à la ComCom et où sont les décisions collégiales ?

    L’autre question est le coût financier ? Comment en est-on arrivé à une telle différence avec le projet de départ ? En tout cas cet exemple est la parfaite illustration qu’il ne faut pas laisser à une seule personne la décision de budget supplémentaire et qu’un projet vagement chiffré est source de dérapage pas si incontrôlé que ça.

    J’ai personnellement pu constater sur d’autres projets de collectivités territoriales le mécanisme suivant :
    - une enveloppe budgétaire importante annoncée par un fournisseur ;
    - un devis initial largement inférieur à l’enveloppe ;
    - plusieurs suppléments de devis ;
    - des délibérations accordant ces suppléments sous couvert de l’enveloppe budgétaire ;
    - ou encore mieux, une délégation totale donnée à une seule personne pour signer les avenants.

    Toutes les manoeuvres sont bonnes pour faire passer n’importe quel devis ou n’importe quel fournisseur .... aux frais des administrés.

    Puisque les décisions sont prises par des élus, le minimum que nous devrions exiger en tant qu’administrés, est une transparence sur les décisions et leurs motivations, et les comptes financiers.

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  • H2O l’innommable 31 mai 12:26

    Demandez à voir les délibérations de ce projet ainsi que le dossier de pilotage (devis, factures, compte-rendus de réunions de chantier, ...)

    .... espérant que cette vision vous ouvrira les yeux sur les élus qui nous gouvernent car en fin de compte c’est avec notre argent.

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