Le Pic Vert moqueur
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Déménagement du territoire

Ceton : La Poste nationale se fera-t-elle la malle ?

dimanche 28 octobre 2007, par le Pic Vert

Mine de rien, avec près de 2000 habitantEs, la commune de Ceton est aussi peuplée que le chef lieu du canton. Incidemment, ce serait aussi la plus étendue de l’Orne. Et pourtant, Ceton devrait perdre son service postal traditionnel. Le directeur départemental de la poste en a informé le maire. Mais pas la première concernée : l’employée de la poste. Ça doit être un oubli…

Claude Barbier, maire de Ceton, a diffusé l’information lors du conseil municipal du 18 septembre : le directeur départemental de la poste, M. Gildas Fresneau, l’a informé que le service public postal allait disparaître de Ceton. Si elle souhaite le maintien d’un service postal minimum, la commune devra le payer.

Interrogé par le Pic Vert sur la « fermeture de la poste », M. Fresneau s’étonne : « Fermeture ? Mais non, nous ne fermons pas : nous proposons la création d’une agence postale communale. »

Le scénario est maintenant bien rôdé : quand la direction de la Poste veut fermer un bureau dans un gros bourg, elle propose à la commune de créer une agence postale communale (APC).

Pour M. Fresneau, « l’agence postale communale peut être une chance pour une commune car elle permet d’associer l’activité postale à une autre activité telle une bibliothèque, un espace public numérique, des permanences de service public comme l’ANPE … »

Selon lui, le maintien de la poste à Ceton ne s’imposerait plus : les particuliers ne génèrent plus de courrier –même les personnes âgées se mettraient à l’internet !- et Ceton est une zone rurale contrairement au Theil sur Huisne, commune pour laquelle l’activité industrielle garantirait le maintien du bureau de poste.

Grâce à l’informatique, le trafic d’un bureau de poste peut être quantifié et celui de Ceton serait tombé « à 25 000 points, au dessous du seuil fixé à 30 000 points pour le maintien d’un bureau. »

A SUD PTT 61, on commente amèrement : les critères pour attribuer les points seraient obscurs. En zone rurale, 80 % de l’activité d’un bureau seraient des opérations financières. En outre, il est facile de faire descendre l’indice du trafic : il suffit de faire passer l’ouverture d’un bureau du plein temps au temps partiel, ce qui en réduit arithmétiquement la fréquentation.

La poste de Ceton était ouverte à plein temps. Puis à temps partiel. Après avoir connu des horaires biscornus difficiles à mémoriser –cela semble faire partie d’une tactique au niveau national : à force de se casser le nez sur des portes fermées, les usagerEs ne prennent plus la peine de fréquenter leur bureau habituel-, elle est maintenant ouverte tous les matins sauf le dimanche et le lundi.

Mais la date de la fermeture ne serait pas encore fixée : « Le maire s’y oppose », indique M. Fresneau qui ne comprend pas ce refus.

Au conseil municipal, Claude Barbier a émis l’hypothèse que « le service du courrier n’intéresse que moyennement la direction de la poste. Ce qui l’intéresse, c’est le service banque ». Il a ajouté : « On met à sa disposition un local et c’est la Poste qui se met le bénéfice dans la poche. J’ai répondu au directeur qu’il n’était pas question de discuter d’agence postale communale avant les prochaines élections. »

Cela ne suffira peut être pas pour éviter la fermeture. Pourquoi ne pas exiger de connaître quelles activités entrent dans l’indice de fréquentation du bureau ? Pourquoi ne pas inviter les Cetonnais à la résistance ? Pourquoi, par exemple, ne pas les inviter à revenir fréquenter massivement leur bureau de poste, à y ouvrir des comptes pour faire remonter le trafic ? Pourquoi ne pas ouvrir des cahiers de doléances ? Après tout, c’est à eux de déterminer s’ils ont encore besoin de ce service public …

Qu’est-ce qu’une agence postale communale ?

Le canton a déjà connu la disparition d’un bureau de poste au profit d’une agence postale communale (plus précisément intercommunale) : À St-Germain de la Coudre, la poste est ouverte 3 h tous les matins du mardi au samedi [1]. La commune paie le local, la communauté de communes prend en charge les 60 h de salaire, moyennant une indemnité versée par la Poste.

L’agence postale communale est la transition entre le service postal traditionnel et le néant.

Elle est créée par convention entre la Poste et la commune ou la communauté de communes.

Cette convention a une durée de un à neuf ans, éventuellement renouvelable une seule fois.

Et après ?

Après, il n’y a plus rien.

Dans une APC, le personnel ne fait plus partie de la Poste : il est recruté directement par la commune ou communauté, laquelle décide s’il est titulaire ou non, en CDD ou en CDI, à temps partiel ou à plein temps (mais dans ce cas, il ne pratique qu’à temps partiel les activités postales). Peu importe.

Une indemnité compensatrice du salaire est versée par La Poste [2], soit un maximum de 9 744 euros par an pour 60 heures d’ouverture mensuelle quand la prise en charge est communale, 10 968 euros par an pour une prise en charge intercommunale ou en zone de revitalisation rurale [3].

Sachant que les cotisations salariales et patronales sont incluses dans ces sommes, l’heureux néo-postier ou néo-postière devra impérativement « travailler plus ailleurs pour gagner plus » s’il veut se nourrir à sa faim.

Évidemment, quand le ou la préposéE sera malade ou en congés payés, il n’y aura plus de service postal dans la commune.

C’est la commune (ou la CdC [4]) qui fournit le local, qui l’entretient et en assure le bon fonctionnement (eau, électricité, chauffage, téléphone, etc.).

Bref, selon les règles du libéralisme bien compris, les impôts locaux financent le service public non rentable tandis que les services bénéficiaires s’émancipent pour voler vers la privatisation (« la banque postale » est une filiale de droit privé).

Comme le constate malicieusement SUD PTT, c’est le contribuable qui finance la destruction du réseau postal ! [5]

L’agence postale communale propose au public les services suivants :

Services postaux

Tout affranchissement manuel (lettres et colis ordinaires),
Vente de timbres-poste à usage courant :
- Carnets de 10 Marianne autocollants, (les timbres à 0,49 centimes et autres écoplis ne seront donc pas disponibles, sans doute pour épargner au courrier les grandes balades, voir La Poste fait prendre l’air au courrier)
- Planche de timbres pour affranchissement de la tranche de poids supérieure et envoi à l’international,
- Produits saisonniers (timbres Vacances, timbres Noël, timbres Saint Valentin, ...),
Vente d’enveloppes et Prêt-à-Poster :
- Prêt-à-Poster marque d’affranchissement en lots de 10, (en option Prêt-à-Poster locaux ou régionaux par lot),
- Emballages Colissimo M et L (en option emballages Colissimo 1 bouteille, XL et S),
Dépôt des objets y compris recommandés (hors objets sous contrat, objets en nombre, Chronopost et valeur déclarée),
- Retrait des lettres et colis en instance hors Poste Restante, valeur déclarée et Chronopost,
Dépôt des procurations courrier,
Services de proximité : contrat de réexpédition du courrier, garde du courrier, abonnement mobilité et Prêt-à- Poster de réexpédition.

Services financiers et prestations associées :

Retrait d’espèces sur compte courant postal du titulaire dans la limite de 300 euros par période de 7 jours,
Retrait d’espèces sur Postépargne ou livret d’épargne du titulaire dans la limite de 300 euros par période de 7 jours,
Paiement de mandat cash, dans la limite de 300 euros par opération,
Transmission au bureau centre pour traitement direct selon les règles en vigueur :
- des demandes de services liées aux CCP,
- des demandes d’émission de mandat cash, d’un montant maximum de 300 euros,
- des procurations liées aux services financiers,
- des versements d’espèces sur son propre compte courant postal, dans la limite de 300 euros par période de 7 jours,
- des versements d’espèces sur un Postépargne ou livret d’épargne, dans la limite de 300 euros par période de 7 jours.

Notes

[1] de 9h30 à 12h30

[2] grâce à un fond de péréquation postale alimenté par la taxe sur les salaires de la taxe professionnelle versée par la Poste, autrement dit fonds postal national de péréquation territoriale, dont les ressources proviennent de l’abattement de 85 % sur les bases d’imposition dont bénéficie La Poste, pour un coût estimé à 136 millions en 2006

[3] Ceton n’est pas en zone de revitalisation rurale

[4] communauté de communes

[5] Pour en savoir plus :
- http://www.sudptt.fr

1 Message

  • Au 1er janvier 2008, les facteurs n’auront plus le droit de récupérer lors de la distribution du courrier les plis des particuliers sauf si les particuliers souscrivent un contrat forfaitaire de ................600 €/an ! Que représentent 600 € pour nos petits retraités, qui ne peuvent pas se rendre à une boîte à lettres ... par ce que la maladie, ou le handicap, ou tout simplement le manque de moyen pour se déplacer ... cela représente l’équivalence d’un mois de retraite ....ou plus ... Solidarité, quand tu nous tiens ........ Merci La Poste !

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