Nicole Goux, une conseillère dont on entend rarement le son de la voix, a une cause sacrée : la propreté. Quand elle évoque la saleté, elle a ces accents de révolte que l’on rencontre chez les tribuns des Grandes Causes de l’Humanité.
Il y a 8 jours, ou 15 jours elle ne sait trop, elle a loué la salle des fêtes. Et horrrrrrrreur ! Le four était sale !! Et le carrelage poissait !!! Et le diable avait aussi posé ses pattes répugnantes dans le réfrigérateur !!!! Une authentique catastrophe sanitaire !!!!!
Mais reprenons depuis le début.
Nous sommes au conseil municipal du 22 novembre. Le maire annonce une nouvelle qu’on désespérait d’entendre un jour : le CDD annuel de la femme de ménage arrivant à échéance, il propose de lui signer un CDI. Mais oui ! Un CDI ! Après une dizaine d’années de CDD, on n’osait plus y croire.
Mais à peine a-t-il terminé sa phrase que le courroux emporte Nicole Goux qui raconte la scène éprouvante qu’elle a vêcue en prenant possession de la salle des fêtes.
Quel est le rapport entre le contrat de travail et cette histoire de four ? La femme de ménage assure l’entretien courant, pas l’entretien exceptionnel, sauf si on le lui demande, et les usagers de la salle des fêtes sont censés la rendre aussi propre qu’ils l’ont trouvée, c’est indiqué sur leur contrat, rappelle Dominique Plessis. Gilles de Courson raconte l’état ignominieux dans lequel certains groupes laissent cette salle en la quittant (jusqu’à des flaques de vomi...) et Gérard Blasque précise que la femme de ménage travaille à temps très partiel et que ces heures de travail ne tombent pas forcément les lendemains des jours où les sagouins oublient de nettoyer les lieux avant de les quitter mais rien n’y fait : le traumatisme de la conseillère a trouvé un exutoire. Le four était sale, donc l’employée est coupable.
Jean-Luc Ferchaud propose d’inclure systématiquement le coût de l’intervention d’une société de nettoyage dans le prix de location de la salle, ce qui en porterait le tarif aux alentours de 300 €.
“On ne va pas faire une sélection par l’argent !” s’écrie Dominique Plessis mais l’autre ne semble pas comprendre et le regarde, incrédule : Sélection par l’argent pour 300 € ?
On a beau habiter le même village, on ne vit pas forcément dans le même monde...
Quelqu’un s’enquiert du nombre d’heures payé pour le ménage : 6 h. Certains hochent la tête. 6 h pour la mairie, l’église, la salle des fêtes, c’est très suffisant.
Il ne faut pas barguigner, 6 h, c’est trop : Mr Propre, ferait briller tout ça en quelques secondes, comme à la télé ! Et puis, payer 6 h au SMIC horaire, c’est du gaspillage de fonds publics si l’heureuse bénéficiaire de ce royal salaire n’assure pas une présence de 24 h sur 24 (histoire de jouer à la tornade blanche en permanence).
Finalement, Jean-Luc Ferchaud, auquel les démêlés avec certainEs de ses enseignantEs du CFA (Centre de formation des apprentis) qu’il dirige valent une certaine renommée dans le département [1] trouve la solution : remplacer la femme de ménage par une société de nettoyage...
Après avoir éliminé le cantonnier comme un objet jetable au printemps dernier, on a pris goût au jeu du “Maillon faible” ?
Il y a rien de plus invisible que le travail de nettoyage ainsi que les personnes qui l’assurent : le premier ne se voit pas lorsqu’il est fait et les secondes ne l’assurent qu’en l’absence de tous témoins. Pas étonnant donc si peu d’habitantEs -et de conseillers municipaux- de l’Hermitière connaissent la femme de ménage de la commune.
Ce qui n’empêche pas deux épurateurs décomplexéEs de juger et condamner sans procès et sans état d’âme cette femme discrète dont le travail est considéré depuis 10 ans comme efficace !
Le consensus étant loin d’être présent, la question est renvoyée à la prochaine réunion du conseil.
Le maire invente le conseil sans parole
Toujours au conseil municipal du 22 novembre, il est fait allusion à un citoyen qui a saisi le tribunal administratif contre une décision du conseil municipal qui le concerne. Le maire distribue une copie du mémoire de l’avocat de la commune. Pas de commentaire, pas de discussion.
Un autre habitant a envoyé des lettres au conseil municipal. Beaucoup.
Et fatigué d’attendre la réponse, il a apposé une affichette de protestation sur la vitre d’une de ses propriétés, intitulée “6e rappel”. Selon les rumeurs, ce citoyen poserait des questions intéressant la politique générale de la commune et non des intérêts privés.
Un adjoint a fini par répondre avec l’aval du maire.
Gilles de Courson entend faire connaître la réponse aux conseillers mais pas à la citoyenne qui assiste ce soir au conseil en observatrice. Alors après avoir déclaré : “Je ne pense pas qu’il y ait lieu de délibérer là-dessus”, il distribue des copies à chaque conseiller. Personne ne commente. Le conseil sans parole, voici une méthode à populariser auprès de tous les maires enquiquinés par des citoyenNEs qui veulent se mêler un peu trop de ce qui les regarde !
Le maire va jouer au père Noël
Tous les ans, la commune offre un colis de victuailles de fêtes aux personnes âgées de plus de 70 ans.
Cette année, le maire a décidé de les porter soi-même en personne, le 22 décembre au matin.
Les élections municipales seront alors dans onze semaines,
Pourvu qu’Alzheimer ne fasse pas trop de dégâts d’ici là !