Bientôt les élections municipales. Le 9 mars, c’est demain ! Partout, des prétendants maires fourbissent leurs listes en toute discrétion. Dans une démocratie, on pourrait s’attendre à des débats passionnés sur le « vivre et décider ensemble » dans nos communes à taille humaine.
Mais rien ne filtre, aucun programme, aucun bilan des exercices précédents, aucune proposition. Juste des noms. Des noms de prétendants maires, des noms d’aspirantEs courtisanEs, et même des noms de candidatEs conseillerEs.
Notre démocratie est ainsi faite qu’elle nous invite à élire des conseillerEs en fonction de critères obscurs (Leur pédigree -être le fils de... est souvent capital- ? Leur couleur passe-muraille ? Leurs beaux yeux ?) lesquelLEs conseillerEs vont choisir en leur sein un roi-maire (les reines-maires sont encore rares [1]) qui gouvernera quasiment à sa guise pendant six ans :
Même si celui que les conseillers choisissent entre eux pour maire est le plus mal élu, même s’il a été repêché in extrémis au second tour, le voilà la plupart du temps coiffé d’une invisible couronne à la minute même de son élection et Sa Personne considérée comme Sacrée par des conseillerEs instantanément et mystérieusement atteintEs de béniouiouisme aïgu.
En outre, même si rien n’oblige les conseillerEs à voter pour les initiatives du maire, la loi assure une prééminence à ce dernier : il peut démissionner mais il ne peut être destitué par ceux qui l’ont élu.
Ces maires se retrouveront à leur tour, flanqués d’unE ou de plusieurs conseillerEs, au conseil de la communauté de communes où ils éliront leur Super Roi [2] et le laisseront gouverner quasiment à sa guise pendant six ans....
Il n’est pas étonnant que ces édiles restent parfois étonnamment sourdEs aux préoccupations du petit peuple et que celui-ci soit contraint d’engager un bras de fer s’il veut se faire entendre.
On se souvient encore de feue la redevance d’ordures ménagères dont les augmentations exponentielles mettaient en péril les budgets des plus modestes. Il a fallu rien moins qu’une pétition signée massivement dans le canton, un mouvement collectif de boycott du paiement de la redevance, deux occupations du conseil de la communauté de communes (allant jusqu’à l’affrontement physique lors de l’une d’entre elles), une occupation du Trésor public, des barrages dans les rues de St-Germain de la Coudre afin d’interdire à l’huissier les saisies mobilières ordonnées par les éluEs pour que nos roitelets ne traitent plus par le mépris les revendications de la plèbe sur ce sujet.
Parfois des édiles invitent leur population à des réunions d’information.
D’information, pas de concertation.
Comme si les citoyenNEs étaient d’éternelLEs mineurEs incapables d’imaginer ce qui leur sied.
C’est ainsi. Quelles que soient les qualités des éluEs de mars prochain, les citoyenNEs devront souvent batailler pour ne pas être traitéEs en quantité négligeable et pour avoir prise sur une partie de leur vie quotidienne.
La république, la « res publica » (« chose publique ») ne consiste-t-elle pas pour les citoyenNEs à se mêler en permanence de ce qui les regardent ?
Des listes fabriquées maison
En attendant, et puisqu’élection il y a, amusons-nous !
Contrairement aux autres élections, où le vote consiste bien souvent à sélectionner parmi les moins pires, le code électoral permet aux citoyenNEs des communes de moins de 2500 habitantEs (à savoir toutes les communes du canton) de choisir librement qui leur plait : il n’y a aucune obligation de dépôt de candidature, aucune obligation de confection de liste : les suffrages sont comptabilisés individuellement.
Les candidatEs ont la possibilité de proposer des listes, complètes ou incomplètes voire de se présenter seulEs.
Chaque électeur et électrice peut ainsi déposer dans l’urne sa liste idéale, confectionnée à la maison sur papier libre [3], y inscrivant les personnes qu’il estime les plus respectueuses du bien commun et de la démocratie, en picorant des noms dans les différentes listes, si listes il y a, en inscrivant des personnes qui ne se sont pas portées candidates. Il sera bien temps de persuader ces dernières entre les deux tours !
Il y a bien sûr quelques restrictions : un vote, par exemple, pour le cheval de Caligula sera nul.
Pour que vos préféréEs soient éluEs, ils devront être inscritEs sur la liste électorale ou au rôle des contributions directes [4].
Attention toutefois : si votre liste idéale comporte plus de noms que de sièges à pourvoir (voir en fin d’article le nombre de conseillerEs de votre commune), les noms en surnombre ne seront pas décomptés.
N’oubliez pas non plus d’inscrire les prénoms : en cas d’homonymie, le nom n’est pas comptabilisé.
Sont élues au premier tour les personnes qui obtiennent la majorité absolue et le suffrage d’au moins un quart des électeurs inscritEs.
Au second tour, la majorité relative suffit.
Enfin, rappelons qu’il est interdit à la commune de financer la campagne de qui que ce soit par quels que moyens que ce soit (photocopie, téléphone, courrier...). Profession de foi et bulletins de vote éventuels sont adressés aux électeurs aux frais des candidatEs. Les bulletins, si les candidatEs le souhaitent, peuvent être déposés au bureau de vote à l’ouverture du scrutin.
Et n’oublions pas de leur rappeler, une fois qu’ils seront éluEs, que nous voulons qu’ils ne soient que nos représentantEs, pas nos maîtres !
| Communes | Nombre de conseillerEs |
| Bellou-le-Trichard | 11 |
| Ceton | 19 |
| Gémages | 9 |
| L’Hermitière | 11 |
| Mâle | 15 |
| La Rouge | 15 |
| Saint-Agnan-sur-Erre | 11 |
| Saint-Germain-de-la-Coudre | 15 |
| Saint-Hilaire-sur-Erre | 15 |
| Le Theil | 19 |
Voir aussi Municipales : Communes de moins de 2500 habitants = scrutin plurinominal