On se serait cru à une messe en latin. Ou à une session du plénum du comité central de l’Union soviétique.
Pendant une heure ? une heure trente ? en tout cas, c’était fort long, Anick Bruneau [1] et le percepteur ont égrèné à tour de rôle, dans un silence de cathédrale, la litanie des chiffres des comptes de la communauté de communes du Val d’huisne lors de la dernière réunion de ce mandat, le 14 février 2008.
De centaines de chiffres : budget primitif 2008, investissement et programmes ; recettes de fonctionnement ; dépenses de fonctionnement ; compte administratif et compte de gestion du budget annexe du SPANC (contrôle assainissement individuel) ; compte administratif du budget annexe de la zone d’activité ; compte administratif du budget annexe de la Tête noire (restaurant de St-Germain de la Coudre) ; compte administratif du budget annexe de la construction de l’atelier relais Mousset, mais pas le compte administratif pour le budget principal (pour une définition de ces termes savants, voir « Le budget communal expliqué aux novices »).
Existe-il, dans ce mégaloamphithéâtre où siège le conseil une substance qui anesthésie les cerveaux ?
Oh ! Vous qui entrez ici, abandonnez tout esprit critique !
Les conseillerEs étaient déjà assis quand les salariées distribuaient encore les liasses de chiffres que les premierEs devraient approuver quelques instants plus tard. Et pas unE qui se lève et déclare : Merci. Nous allons d’abord prendre connaissance de ces comptes, vous demander les éclaircissements qui s’imposent et en discuter en conseil municipal. Retrouvons-nous dans quelques jours pour les voter. Pas unE qui s’insurge et déclare : Arrêtez de nous prendre pour des figurantEs, pourquoi voulez-vous qu’on approuve ces comptes les yeux fermés ?
Non, ils ont touTEs dit Amen, les yeux -presque- fermés.
A se demander si ces conseillerEs qui viennent jouer les utilités, bénévolement, ne seraient pas un peu masochistes.
CertainEs ont certes voté avec leurs pieds : ils ont brillé par leur absence.
Sur 30 membres du conseil, seuls 21 étaient présents, dont 1 arrivé très en retard.
Un tiers d’absentEs à un conseil de cette importance, c’est un symptôme.
Oh ! Les formes étaient respectées ! Après chaque psaume, Gilles de Courson [2] où l’unE des deux récitantEs demandaient : « Y-a-il des questions ? » Puis : « Nous vous proposons d’adopter le budget .. le compte ... » C’était tellement ennuyeux et tellement formel que Gilles de Courson s’est trompé deux fois de compte à faire adopter. Puis : « Qui est contre ? Qui s’abstient ? » Jamais qui est pour. Les contre n’ont pas été annoncés (il y en a eu deux sur le compte du bâtiment de la Tête noire).
Il y eut quand même quelques questions, toutes posées par François Goulet [3]. Sur le statut du conseiller Mikaël Leblanc [4], la subvention exceptionnelle pour Perche Astronomie (cf. conseil du 11 octobre 2007) étant cette fois agréée par Monseigneur (Mikaël Leblanc ne fait plus partie de l’exécutif de Perche Astronomie), sur le remboursement de l’équivalent de deux loyers que Gilles de Courson s’était engagé à récupérer auprès des responsables des travaux ni faits ni à faire sous le toit de la Tête noire (il ne les a pas récupérés), sur le délai restant pour le contrôle des installations d’assainissement individuel (54 % des installations contrôlées à ce jour)...
Sinon, aucune question sur, par exemple, les 15 000 € budgétés pour les “fêtes et cérémonies” (5 348,86 € dépensés en 2007). A-t-on déjà commandé les bouteilles de veuve Clicquot pour fêter la réélection des membres du conseil ? Ni sur les 100 € de “réception” : Réception de qui ? de quoi ? Ni sur les 7 000 euros d’ “affranchissement” (mazette ! Nos représentantEs sont des Mme de Sévigné et nous l’ignorions !) à ajouter aux 3 500 € de « location de machine à affranchir + photocopieuse », à ajouter aux contrats de « maintenance informatique » (8 800 €) et aux 2 300 € de “Segilog” qui est aussi un contrat de maintenance informatique, aux 8 000 € de “télécommunications”, aux 8 000 € de “bulletin intercommunal et communications”...
La cavalerie contre les pauvres
Autre point à l’ordre du jour : Un locataire de la communauté de communes (la CdC a des locataires) a une grosse dette de loyer. Un peu plus de 3 000 € (à comparer aux 28 000 € de subventions aux propriétaires qui ont rénové leurs façades + les mystérieux 9 000 € de “subv équip Anah”). Gilles de Courson, prenant le conseil à témoin, demande au percepteur de faire le nécessaire pour recouvrer les loyers en retard. Un conseiller demande si le locataire est solvable. Le président répond en riant qu’il ne sait pas.
Il ne sait pas ! Il ne sait pas mais il envoie la cavalerie. Car faire intervenir la perception signifie mise en demeure, tribunal, saisie, expulsion.
Services sociaux ? Connait pas. Pourtant, on pourrait imaginer qu’en ces temps de précarité galopante, le locataire peut avoir quelques difficultés financières. Sait-on jamais.
Gilles de Courson gère la communauté de communes comme on gère une entreprise. Sans doute une déformation professionnelle : il codirige une société de recouvrement de créances.
Mais la CdC n’est pas une entreprise. Elle oeuvre, en théorie, pour le bien-être de touTEs les habitantEs, même les pauvres. Eh oui ! Même les pauvres. Il est vrai que c’est dur à entendre quand, comme Monseigneur, on adhère à l’UMP de M. Sarkozy ...
AucunE conseillerE n’a osé dire : Avant d’envoyer la cavalerie, voyons d’abord pourquoi il ne paie pas son loyer.
Un vol d’anges au-dessus de la poste de Ceton
Claude Barbier [5] a informé le conseil de la volonté de la direction départementale de La Poste de fermer le bureau de Ceton (voir Ceton : La Poste nationale se fera-t-elle la malle ?) et de la création d’un comité de défense qui fait circuler une pétition, déposée chez touTEs les commerçantEs de Ceton qui a déjà recueilli (au 14 février) 600 signatures.
Claude Barbier attendait visiblement un geste du conseil de la CdC et les conseillerEs savaient ce que le maire de Ceton attendait. Une protestation, une motion de soutien, le minimum de solidarité ... Sileeeeeeeeeeeeence. Rien n’est venu. Un épais silence a plané sur l’assemblée pendant un long instant. Une escadrille d’anges est passée.
Puis Gilles de Courson a embrayé sur la fin de l’ordre du jour.