Le Pic Vert moqueur
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CdC bananière

Quand la communauté de communes prend les restaurateurs de la Tête Noire pour des pigeons

mardi 8 juillet 2008, par le Pic Vert

Il faut se méfier des proclamations vertueuses : Lors de la cession de la Tête noire, à St-Germain de la Coudre, la CdC a racheté l’immeuble pour maintenir-l’activité-de-restaurant-tout-en-aidant-des-jeunes-à-s’installer. C’est ce qu’elle prétendait à qui voulait l’entendre.
Des jeunes se sont installéEs et ils sont alléEs de déconvenues en déconvenues : entre les malfaçons de travaux ni faits ni à faire (mais payés au prix fort), un loyer exorbitant au regard de l’activité et un bail précaire qui les chasse à la fin du mois d’août alors qu’ils ont investi 106 000 euros de travaux, il y a lieu de se demander si la CdC n’a pas pris ces jeunes pour des pigeons.

On ne saura sans doute jamais pourquoi Gilles de Courson, alors président de la Communauté de Communes, a fait signer, au lieu d’un crédit-bail (ou crédit relais) comme cela se fait habituellement, un bail précaire de 23 mois à Stéphane et Catherine Grignon, ces jeunes restaurateurs qui venaient d’investir 106 000 euros dans la création de la cuisine, la décoration, l’achat de mobilier et de vaisselle pour La Tête noire . Ils disent que Monseigneur a prétendu qu’il était obligé de leur proposer ce genre de bail pour que la commune bénéficie des subventions. Or la seule condition pour que la CdC ne soit pas obligée de rembourser les subventions qu’elle avait perçues pour cette opération était que le bien reste sa propriété pendant 5 ans.

Jacques Käser, 1er vice-président de la CdC sous l’ancien comme sous le nouveau régime, prétend que ce bail précaire a été rédigé “parce qu’on ne savait pas s’ils (les Grignon) avaient les moyens de durer” [1].

C’est sûr que le moyen le plus efficace de combattre la précarité, c’est une plus grande précarité.

Le bail précaire arrivant à échéance le 31 août prochain, Claude Marie Barbier, nouvelle présidente de la CdC, n’a rien trouvé de mieux que d’inviter ces jeunes-qu’on-veut-aider à racheter le bien pour 250 000 euros (c’est à dire acheter ce bien + rembourser les subventions) ou de prendre la porte.

L’idée de départ était de renouveler le bail précaire (on adore la précarité, pour les autres, dans cette CdC !) mais il paraît que c’est illégal. C’est ce qui a été dit à réunion du conseil du 12 juin 2008.

Alors Claude Marie Barbier, présidente de la CdC, était allée trouver Stéphane et Catherine Grignon avec cette proposition lumineuse : la CdC signe un autre bail précaire de 23 mois avec un autre membre de la famille.
- “Et notre couverture sociale, y avez-vous pensé ?” avaient répondu les restaurateurs estomaqués.
- “On ne va quand même pas vous proposer de divorcer” dit-elle en espérant sans doute qu’ils allaient se jeter sur cette idée.
Toutes ces propositions étant faites bien entendu pour les aider !

Les pigeons montrent les dents

Le couple de pigeons ayant montré les dents, le conseil lui propose maintenant un bail commercial ... à compter du 1er septembre 2008.

- Quand on fait un crédit relais, on fait la somme de tout de façon à faire une opération blanche. Là, il y a 23 mois de loyer en plus. La vocation de la CdC n’est pas de faire des bénéfices, a fait remarquer Danièle Mary [2], qui réclame l’intégration des loyers dans le bail commercial.
- Ils ont signé le bail ! Ils savaient ce qu’ils faisaient, a lancé un délégué de Mâle qui ne sait pas ce qu’il dit.

Car ce bail précaire n’est pas la seule chose étonnante de ce dossier.

A une réunion où le conseil de la CdC devait délibérer sur la reprise de la Tête noire, M. Grignon était allé s’asseoir dans la salle du conseil, à l’endroit prévu pour les observateurs.
- Gilles de Courson est arrivé, dit M. Grignon, il m’a vu, il m’a fait signe de sortir et il m’a dit que ce n’était pas bien que je sois là, que cela allait me passer sous le nez, que c’était trop tôt, que je devais lui faire confiance et le laisser faire. Il me disait que nous étions 4 candidats, mais j’ai appris beaucoup plus tard que j’étais le seul. Il n’y avait pas beaucoup de pigeons !

Lors des travaux, alors que ceux-ci le concernaient au premier chef puisqu’il était censé devenir à terme propriétaire des lieux, M. Grignon n’a pas eu le droit de participer aux réunions de chantier, pas même à la réunion de réception des travaux :
- Gilles de Courson me disait : “Vous aurez le droit de venir quand on fera l’installation de la cuisine”, raconte M. Grignon, mais c’est parce que je la payais. J’avais un installateur mais ils ont fait pression pour que je prenne l’installateur choisi par le maître d’oeuvre. Je n’avais le droit de venir que pour les réunions où j’étais le payeur. A une réunion, alors qu’ils ne m’avaient pas vu, j’ai entendu le maître d’oeuvre -ce n’était même pas un architecte, il venait du côté de Lisieux [3]-, lui dire : “On fera les plus et les moins à la fin”.

Sur le moment, cela ne lui a pas semblé très catholique mais il n’avait encore rien vu.

Des malfaçons à la pelle

D’abord, comme le maître d’oeuvre venait de loin, les travaux ont pris du retard.
- Les travaux devaient être terminés en juin 2006, dit M. Grignon, et j’avais donné ma démission à mon employeur le 30 juin. Mais la réception des travaux n’a été faite que le 15 septembre. Heureusement que j’avais de la famille pour me nourrir. Mais quand je disais cela à la CdC, tout le monde s’en fichait !
Puis l’hiver arriva, et avec lui les frimas. Dans la salle du 1er étage, on grelottait. En outre, des saletés tombaient dans les assiettes.
Il faut dire que l’isolation n’avait pas été faite :
- Il n’y a pas de plancher dans le grenier, juste des plaques de placoplâtres qui ont été vissées sur les solives. Et mal vissées : aucun joint n’avait été fait !
Mme Bruneau était absente, M. Théotime aussi. M. Grignon, qui voulait engager les travaux sans attendre, se souvint de Danièle Mary qui était venue le photographier pour le bulletin de la commune. Il lui fait constater l’état des lieux. Elle prend des photos (voir les photos ci-dessous) et les communique aussitôt par courriel à la CdC et à Mme Bruneau [4] au Conseil Général.
Résultat : Gilles de Courson téléphone à M. Grignon et lui passe un savon. Qu’est-ce qui lui a pris d’alerter Mme Mary ? C’était la dernière des personnes à aller chercher !

Les Grignon ont dû fermer une journée pour poser eux-mêmes de la laine de verre qu’ils ont achetée. La CdC a consenti à une remise de deux mois de loyer.

Mais les malfaçons ne s’arrêteraient pas là. La CdC a installé un monte-charge pour les plats qui ne peut servir à charrier les plats chauds, un méchant courant d’air dû à une aération défectueuse de la cuisine transformant le monte-charge en tunnel de réfrigération rapide [5] ; les Vélux qui devaient être changés ont été seulement repeints et ne s’ouvrent pas, du coup, “les gens crèvent de chaud les jours de chaleur”, d’autant que les tuyaux VMC (aération) ne seraient pas raccordés, le mur arrière qui était censé être recouvert de laine de verre n’aurait reçu que du placoplâtre. La pente du sol de la cuisine qui aurait dû être inclinée vers le caniveau est inversée, si bien que lors du lavage à grande eaux, comme le pratiquent tous les cuisiniers, l’eau se détourne résolument du caniveau prévu pour la recueillir.
- J’en ai pour une heure et quart environ à récupérer l’eau, dit Stéphane Grignon. Le maître d’oeuvre m’a dit que je n’avais qu’à pas laver à grande eau alors qu’une cuisine, cela se lave au jet !

- J’ai signalé ces malfaçons maintes fois à la CdC, dit M. Grignon, mais rien ne s’est passé.

Dans une CdC qui ne serait pas bananière, toutes ces anomalies auraient donné lieu à la constitution d’une commission d’enquête qui aurait commencé par passer en revue les factures au regard des travaux réalisés ou à la transmission du dossier à la chambre des comptes régionale.

Mais pour ça, il n’est pas trop tard ...

- Quand je pense, dit Stéphane Grignon, que la CdC s’est enorgueillie de cette opération ! Elle a fait passer des communiqués sur Radio Val d’Huisne : “La CdC du Val d’Huisne a réouvert la Tête noire”. Les clients pensaient qu’elle nous avait fait un cadeau...


Quelques chiffres

Selon leurs déclarations, les Grignon ont investi 106 000 euros dans ce restaurant sans logement, un crédit qu’ils remboursent à raison de 1800 euros par mois.
La CdC leur fait payer un loyer de 790 euros (murs nus, placoplâtre).
Ils paient 650 euros par mois de chauffage (gaz-EDF) les mois où il faut chauffer, par défaut d’isolation (1300 euros pour un mois avant qu’ils isolent le grenier).
La clientèle est la clientèle locale, populaire, aux moyens financiers limités. “Les gens viennent dans la semaine car il y a un menu du jour à 11 euros.”

Selon un document de la CdC [6] qui correspond aux chiffres annoncés en conseil, celle-ci aurait perçu 139 782,79 euros de subventions et aurait souscrit un emprunt de 104 860,30 euros.
Les “frais d’étude” pour cette fantastique réussite auraient coûté 30 221,51 euros.
Beaucoup plus que l’achat du bâtiment, 26 205,27 euros, frais inclus.

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Dans le grenier. Les plaques de placoplâtres sont posées à même les poutres.
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Non seulement les plaques font office de plancher, mais les joints n’ont même pas été réalisés.
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Depuis le plafond de la salle, vue sur les tuiles du toit...
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Aucune enquête prévue pour ce travail payé bien que non réalisé.
Et encore, ceci n’est que la partie visible des travaux !

Lire aussi A la CdC : la guerre des eaux sales St Agnan-St Hilaire, chômeurs insultés et honteux, l’ombre de Monseigneur et passe-droit.

Notes

[1] réunion du conseil du 12 juin 2008

[2] conseil du 12 juin 2008

[3] de l’Hotellerie, dans le Calvados, à 2 h de route...

[4] alors maire de St Germain de la Coudre et 2e vice-présidente de la CdC

[5] 8200 euros, quand même, pour un monte-charges à demi inutile

[6] intitulé Exercice 2008, Fiche nomenclature chapitres, édité le 31.01.2008

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