Le Pic Vert moqueur
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Gabarit

Une histoire de petit chemin (3) : la drôle de guerre

Suivie d’une lettre ouverte des gens du Petit Cautier au conseil municipal

samedi 26 juillet 2008, par le Pic Vert

Existe-t-il un atavisme paysan de soumission au seigneur ? Conformément aux souhaits à peine inavoués de Gilles de Courson, le nouvel exploitant de la ferme des Gasseaux a engagé la guerre contre les gens du Petit Cautier.
L’extrême patience de ces derniers a réussi à contenir les débordements sur le chemin mais pour combien de temps ?
Ceux-ci, misant toujours sur le triomphe de la raison, adressent une lettre ouverte au conseil municipal de l’Hermitière.

Lire les épisodes précédents :
- Une histoire de petit chemin ou comment changer un chemin creux en route pour poids lourds avec quelques tonnes de pierres en y baladant des riverains depuis deux lustres
- Une histoire de petit chemin (2) ou comment le maire de l’Hermitière provoque les usagers à la guerre

En seconde partie, la “Lettre ouverte” des Bernard-D. au conseil municipal.


Le 13 mai dernier, le couple Bernard-D. adresse à D.T., le nouvel exploitant, ce courrier privé :

Monsieur,
Nous nous sommes rencontrés sur le chemin de « St Cyr la Rosière au Theil » pour le passage de vos machines agricoles et nous tenons par ce courrier à vous informer de l’élagage de nos haies comme vous nous l’avez demandé.
Nous avons bien compris que vous aviez d’autres contraintes liées à vos machines agricoles de grande largeur qui ne passeraient pas sur ce chemin.
Comme vous le savez il y a une procédure administrative en cours pour le déplacement de ce chemin lié principalement au nouvel usage qui en est fait. Ce problème est connu de l’exploitant précédent M. J. [1], avec qui nous avions monté le dossier de déplacement de chemin, et du maire depuis plus de 8 années.
Malgré cela et afin d’étudier une solution temporaire pour vos besoins, pourriez-vous nous formaliser votre demande par écrit.
Restant à votre écoute, nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de notre considération distinguée.
Alain et Christine BERNARD-D.

En fait, les signataires avaient annoncé, verbalement, à D.T. qu’ils l’autoriseraient, pour une durée d’un an, à passer par leur champ dès réception de sa demande écrite.

Mais plutôt que de se livrer à cette petite formalité, D.T. a adressé ce courrier -privé, rappelons-le-, à chaque membre du conseil municipal, accompagné d’une lettre de récriminations datée du 19 mai, lettre qu’il se garde de communiquer au Petit Cautier.
Selon D.T., l’élagage réalisé par Alain Bernard n’est pas suffisant pour “les matériels correspondants aux besoins de notre profession”. Quand on voit le volume de ces matériels, on imagine sans peine que l’élagage suffisant serait l’arasement des haies.
Il se plaint “des morceaux de ferrailles piqués dans la haie à environ 10 cm du bord du chemin qui peuvent crever les pneus de mes engins”, crie à la provocation et menace d’appeler huissier et gendarmerie. (En fait, selon les gens du Petit Cautier, il s’agit d’un témoin métallique planté au milieu de la haie depuis une huitaine d’années. Le fait que l’agriculteur craigne pour ses pneus prouve qu’il roule dans la haie. Et, à la date de la rédaction de la lettre de D.T., Alain Bernard avait éliminé l’objet du litige.)
Enfin, il confirme l’impossibilité de sortir les moissons par ce chemin, même drastiquement élagué, et en réclame l’élargissement.

Ces courriers ont été lus au conseil municipal du 7 juin 2008.

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A quoi ressemble « l’automoteur à Franck » ?
A ceci ?

Le principal de la discussion, en l’absence de tous les intéressés sauf Gilles de Courson, a tourné autour de l’élagage du chemin actuel et non sur une sortie d’exploitation pour les moissons, sujet déclaré tabou par Monseigneur.
- “Il faut faire élaguer”, répétait Gilles de Courson.
Mais qu’est-ce qu’un élagage “correct”, “normal” dans un chemin rural ? Par défaut, on a conclu que ce n’était pas l’élagage fait par Alain Bernard puisque les gros engins agricoles sont gênés.
Finalement, il fut convenu que l’élagage acceptable était celui qui permettrait à “l’automoteur à Franck” de passer.

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A quoi ressemble « l’automoteur à Franck » ?
Ou à cela ?

A l’Hermitière, “l’automoteur à Franck” est dorénavant la norme de coupe d’élagage des chemins. Il a même été proposé de fabriquer un gabarit de “l’automoteur à Franck”, de le promener sur le chemin et de couper tout ce qui dépasse.
C’est trop timoré ! Réclamons que “l’automoteur à Franck” devienne norme nationale ! Inscrivons “l’automoteur à Franck” dans les normes d’élagage des chemins ruraux !
Une fois la norme définie (“l’automoteur à Franck”), reste à exiger du Petit Cautier qu’il s’exécute.
“Il est demandé à Monsieur Bernard de bien vouloir élaguer les haies selon les normes en vigueur.
Il a été décidé une réunion en présence de MM. T. et Bernard afin de trouver une solution.”
(Extrait du compte rendu du conseil)

Alain Bernard était tout à fait favorable à cette réunion. Une date avait été fixée avec un conseiller. Et puis, Alain Bernard demanda que la lettre de D.T. qui était à l’origine de cette réunion et qui avait été lue en conseil, devant un public, lui soit communiquée.
Le conseiller demanda au maire. Réponse : Non.
D.T. refusa aussi de la lui transmettre.
La réunion n’eut pas lieu. Personne n’eut donc l’occasion de parler aux gens du Petit Cautier de la norme d’élagage en vigueur à l’Hermitière.

Aujourd’hui, tout en continuant à emprunter le chemin empierré avec ses autres véhicules qui peuvent y circuler, même difficilement, D.T. sort ses moissons par les champs d’un autre paysan, “solidaire”.
Une solidarité entre manants qui arrange bien les affaires de Monseigneur...

Lettre ouverte aux membres du Conseil municipal de l’Hermitière.

le 25 juillet 2008

Monsieur le Maire,
Messieurs et Mesdames les Conseillers Municipaux,

Neuf années se sont écoulées depuis nos premières discussions sur les problèmes d’ordre public posés par l’usage du chemin rural de « St Cyr la Rozière au Theil ». Aujourd’hui, les problèmes s’amplifient et particulièrement pour le nouvel exploitant M. T. [2]. Ce projet de déplacement de chemin que nous avons bâti ensemble s’avère encore plus être la solution durable aux évolutions des exploitations agricoles actuelles.

Nous avons, quant à nous, respecté toutes les exigences écrites de Monsieur le Maire, engageant déjà nos finances à hauteur de 9000 euros Qu’en est-il de vos engagements initiaux et de leur exécution depuis septembre 2000 ?

À partir de cette dernière date où la commune a repris la main, les changements de position sur ce dossier et les allégations erronées de Monsieur le Maire ont sans cesse fait reculer l’exécution des propres engagements de la commune :
- Annonce orale d’une enquête d’utilité publique lancée non confirmée (2000) ;
- Changement de terrassier non justifiée et augmentation considérable du devis tout aussi injustifiée (2001) ;
- Annonce de non-accord de la DDE sur le tracé du nouveau chemin infirmée par la DDE (2001) ;
- Esquive des problèmes liés au camion de lait de 40 T (2006) ;
- Annonce d’arrêt d’engins de gros calibre avec l’arrêt d’exploitant (2007) infirmée par l’usage actuel et la demande du nouvel exploitant ;
- Délibération d’arrêt de déplacement de chemin (2007) fondée sur une information erronée.

Le conseil municipal a émis récemment l’idée de trouver une médiation dans ce dossier. Par ailleurs le nouvel exploitant, M. T., demande un chemin plus large pour sortir ses moissons comme à l’origine de ce projet établi avec l’ancien exploitant.

Dans l’intérêt général, quand allez-vous reprendre le dossier et son exécution là où vous l’avez arrêtée il y a bientôt 8 ans ?

Nous avons récemment fait une proposition à M. T. d’étudier une solution temporaire pour l’accès de ses engins en attendant le déplacement de chemin. Dites-moi ce que nous pouvons, raisonnablement, faire de plus pour nous substituer au rôle de la commune et à son refus d’anticipation des problèmes. Ne dit -on pas que gouverner c’est prévoir !

Comme convenu nous respecterons notre engagement de financer la création d’un nouveau chemin rural sur la base du devis hors taxes que nous avons accepté, soit 55 334 F (environ 8 500 Euros) qu’il nous reste à payer sur facture. Nous attendons juste de la commune qu’elle réalise sa part de ses propres exigences.

Comptant sur votre extrême diligence, veuillez agréer, Monsieur le Maire, Messieurs et Mesdames les Conseillers, l’expression de notre considération distinguée.

Christine et Alain BERNARD-D.

Lire la suite : Une histoire de petit chemin (4) : La force reste à la force

P.-S.

A propos des illustrations : les engins sont tous deux des « automoteurs ».

Notes

[1] nom gommé par le Pic Vert.

[2] le nom a été gommé par le Pic Vert.

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