C’était juste avant les élections. Le cantonnier qui terminait sa 3e année de travail à la satisfaction générale tomba des nues lorsqu’il reçut un avis de licenciement, pardon, de non renouvellement de contrat. Car notre homme était en CDD (contrat à durée déterminée).
Mieux que le CPE (Contrat Première Embauche) qui permettait le licenciement sans motif pendant deux ans, les employéEs communaux de l’Hermitière sont en CDD (contrat à durée déterminée) à vie.
Motif du remerciement : Pas de motif.
C’est le fait du prince.
La mode est à l’employéE jetable.
Se renseignant à droite et à gauche, le cantonnier entendit dire que le maire avait invoqué une prétendue lenteur, ce qui le fit rire jaune : Pendant près de 3 ans, tous les lundis, il avait dû, tel Sisyphe, remonter les gravillons qui s’obstinaient à fuir le macadam de la rue du bourg lors du passage des pneus des véhicules. Une tâche absurde, un travail digne des Shadocks qui pompaient, qui pompaient. Mais les ordres sont les ordres.
En outre, ses outils de travail, débroussailleuse et tondeuse, agonisaient depuis des mois sans que le maire se décide à les remplacer.
Au téléphone, Monseigneur ne trouva pas un instant pour rencontrer son futur ex-employé et celui-ci dut se rendre à sa permanence de conseiller général.
Là, il ne fut à aucun moment question d’une prétendue lenteur dans le labeur. La raison invoquée fut que le cantonnier n’avait pas pris l’intégralité de ses congés payés et que la commune allait être obligée de lui payer le reliquat de congés, en plus de son salaire habituel !
Il est plus probable que le cantonnier avait le tort de ne pas habiter sur le canton. Donc de ne pas voter sur la commune, contrairement au nouveau cantonnier.
Dans le droit privé comme dans le droit public du travail, un CDD ne peut être utilisé pour pourvoir un emploi permanent sauf cas bien définis tels des remplacements.
Mais les maires, qui légifèrent via le sénat, ont obtenu une dérogation pour les communes de moins de 1 000 habitants [1] : des CDD à temps partiels peuvent être conclus pour pourvoir des emplois permanents si la durée de travail n’excède pas la moitié de celle des agents publics à temps complet. « Ces contrats à durée déterminée ont une durée maximale de 3 ans » mais … « La durée des contrats successifs ne peut excéder six ans ».
Pas de prime de précarité pour ces contrats payés au SMIC horaire.
Comme ses prédécesseurs, le nouveau cantonnier est en CDD. La réunion du conseil municipal qui a suivi le « remerciement » du cantonnier précédent, a décidé d’acheter une débroussailleuse neuve et de faire réparer la tondeuse.
Au mois de janvier prochain, comme chaque année lors de ses vœux aux habitantEs, le maire ne manquera pas de verser une larme de crocodile sur les « démuniEs » qui hantent ses pensées. Ah la belle âme !