Le Pic Vert moqueur
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Justice nulle part

La justice selon Dati : décret, déménagement, débâcle

mercredi 28 janvier 2009, par L’empercheur

Réforme de la carte judiciaire. Expression banale derrière laquelle se cache un démantèlement du service public qui prend toute sa dimension à Nogent, avec les départs successifs du conseil des Prud’hommes et du Tribunal d’Instance.
Comme la plupart de ses « cousines » initiées à la va-vite par le gouvernement, cette réforme n’atteindra sans doute même pas son objectif : celui de l’économie budgétaire.

Les suppressions du Conseil des Prud’hommes et du Tribunal d’Instance de Nogent-le-Rotrou font figure de goutte d’eau dans le cadre de la réforme de la carte judiciaire. Pourtant, que de changements pour la population nogentaise...

Se substitueront à l’actuel tribunal un Point d’Accès aux Droits (P.A.D), déjà en place, et une borne interactive expérimentale, obtenue de haute lutte par notre héroïque députée Laure de la Raudière, dont l’inscription dans la sphère sarkoziste est la marque de fabrique. Grâce à cette réforme, là où le Tribunal exerçait une justice de proximité en gérant les contentieux quotidiens, les citoyens trouveront ce fameux PAD, implanté aux Gauchetières, censé les informer et les conseiller sur leurs droits et la borne interactive, supposée recueillir les requêtes et suivre leurs procédures.

Prestations dérisoires, car le suivi des procédures se faisait par téléphone et la déposition des requêtes reste soumise à la condition sine qua non qu’une oreille attentive les réceptionne dans le Tribunal d’Instance de Chartres.

Or, la réforme n’a prévu à l’heure d’aujourd’hui aucun fonctionnaire pour recevoir et donner suite à ces requêtes futuristes et « off shore ».

Pendant ce temps-là, notre Rachida en robe Dior s’extasie entre deux cocktails de ce que « les nouvelles technologies permettent à la fois d’améliorer l’efficacité de la justice et de faciliter l’accès à celle-ci pour tous les justiciables ». Quant à notre députée, elle y entrevoit la chance pour Nogent d’être « la troisième ville expérimentale à bénéficier d’un point d’accès par visiophonie ».

Rien ne sert de courir… la précipitation suffit !

Dans le cadre de cette réforme, il est prévu que six fonctionnaires de Nogent et de Châteaudun rallient le Tribunal d’Instance (T.I.) de Chartres. Las, il ne semble être venu à l’esprit de personne que ces fonctionnaires, certes vertueux, n’étaient pas des esprits purs, la place pour les accueillir n’étant toujours pas prévue dans les locaux du T.I. alors même qu’ils doivent intégrer leur poste au premier janvier 2010.

Leur arrivée nécessite pourtant 600 000 e de travaux… au sein d’une réforme dont le souci budgétaire compte parmi les motivations principales. Un aspect matériel de l’organisation abordé très tardivement, notamment lors d’une réunion en septembre dernier. L’ordre du jour ? Des aspects essentiels, dont l’archivage, qui s’avère irréalisable en trois mois. Une réunion pour laquelle le personnel de Nogent n’a été officiellement informé… qu’après coup ! Qu’importe, Rachida Dati a déclaré, à propos de la célérité de la réforme, que « la vitesse, ce n’est pas la précipitation. Nos réformes n’ont pas été décidées sous le coup de l’émotion ». Nous sommes heureux de l’apprendre.

« N’arrosez pas les plantes vertes »

Pour le moins brouillon à l’endroit des usagers, le texte de Dame Dati ne semble pas plus abouti en ce qui concerne l’accompagnement social du personnel concerné.

Une prime de restructuration de 32 000 e avait été annoncée en 2007, elle plafonne aujourd’hui à 15 000 e pour ceux dont l’actuel lieu de travail se trouvera à 40 kilomètres ou plus de l’ancien.

La prime est de surcroît imposable et soumise à conditions, elle ne sera donc pas perçue dans sa totalité par une majorité d’entre eux, pour cause de changement de palier fiscal. Parmi les contraintes notoires imposées à la prime de restructuration : l’obligation pour le fonctionnaire déplacé de rester un an dans le poste de la juridiction qui l’a absorbé, au risque de devoir rembourser la prime.

La mesure peut sembler anodine, mais suscite réflexion dès lors que la contrainte s’applique à des cas extrêmes comme celui d’une personne prenant sa retraite dans l’année ou celui d’une personne promue dans l’année. On comprend que les syndicats des services judiciaires s’inquiètent du sort dévolu aux héritiers d’un agent de justice déplacé et décédé dans l’année ; on comprend moins bien que la question soit restée sans réponse… D’autant que beaucoup de promesses semblent oubliées : si des solutions comme le télétravail ou le détachement dans un poste au sein du Ministère de la Justice devaient être facilitées, la question n’est plus d’actualité.

Dans la débâcle de cette reforme le ministère ne ménage guère ses agents, mais que les âmes inquiètes se rassurent, il a toutefois pris le soin de préciser les points essentiels, le guide de la mise en oeuvre de la carte judiciaire, spécifiant de « ne pas arroser la veille » les plantes vertes et de « les disposer dans des cartons de déménagement aux bords relevés ». C’est sûr, les zélés collaborateurs de Dame Dati craignent les fuites !

Sara Calderon

Article repiqué parmi plein d’autres de L’Empercheur n°6. A télécharger aussi ci-contre.

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L’Empercheur n°6

3 Messages de forum

  • La justice selon Dati : décret, déménagement, débâcle 29 janvier 2009 12:10, par Fauvette grisette

    C’est surtout dommageable pour les Prud’hommes, seule justice de proximité un tant soit peu rigoureuse. Déjà que les délais étaient longs, la suppression des Prud’hommes de Nogent va encore les rallonger. Et que dire de la proximité ! Chartres, c’est la porte d’à-côté.
    Mais quand on entreprend de détruire le Code du Travail, il est normal de détruire les institutions qui contribuent à défendre ce qui reste de droits.

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  • Voilà qui n’est pas sans rapport avec la débâcle des tribunaux :

    « Les balances d ’Hortefeux
    A NOGENT -LE-ROTROU (Eure-et-Loir), un élu a dû passer quelques heures à s’expliquer chez les gendarmes. Il avait, crime atroce, refusé de dénoncer deux Marocains sans papiers se préparant à convoler avec deux Françaises.
    On ne sait pas qui a vendu Patrick Dubourg, adjoint au maire, mais, dans un mail interne, les gendarmes relèvent avoir été prévenus que « monsieur Dubourg (représentant PS et mari de la conseillère régionale PS) se dit « républicain et non pas délateur » ». Mieux : « Monsieur Dubourg fait obstacle, au nom de son « républicanisme », à la dénonciation de mariages blancs et donc à l’application de la loi. » Honteux !
    Réponse de Dubourg aux pandores : « Je n’avais aucun doute sur la sincérité des couples, ces étrangers vivent à Nogent depuis plusieurs mois, au grand jour. Tout le monde les connaît et les gendarmes aussi ! » Joint par « Le Canard », le procureur assure : « La loi veut qu’un élu signale un mariage sur lequel il a des doutes. » Et même quand il n’en a pas, apparemment. Finalement, les mariages ont été validés par le tribunal, et l’adjoint au maire les célébrera bientôt. « Eh bien, meilleurs voeux ! », susurre le proc’.
    Voilà qui rappelle une affaire semblable. La semaine dernière, une femme sans papiers venue inscrire son fils à l’école a aussitôt été balancée par un bon employé de la mairie du Ve arrondissement de Paris. Coup de chance : les protestations ont contraint Hortefeux à réexaminer son cas « avec bienveillance ». Mais, c’est chic, grâce aux lois sur l’ immigration, les balances ont encore leur mot à dire. . .
    D. S. »
    (Le Canard Enchaîné, 5 novembre 2008)

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  • Lu sur le blog de radio Intensité :
    Le tribunal des prud’hommes de Nogent-le-Rotrou ne rouvrira probablement jamais : cet été, le Conseil d’Etat avait annulé le décret de fermeture du tribunal, prononcé par l’ancienne ministre Rachida Dati. Le maire (PRG), François Huwart, avait demandé la réouverture du tribunal. Sa demande n’a pas été entendue : hier soir, la députée Laure de la Raudière a annoncé qu’un nouveau décret de fermeture allait être pris très bientôt. Décision de la nouvelle Garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie.

    Autre projet, la Maison de la justice, ouvrira bien ses portes, elle, d’ici janvier. A noter que l’ancienne greffière des prud’hommes restera dans cette maison à temps partiel.

    On voit le grand respect accordé par le gouvernement aux jugements du Conseil d’Etat.
    L’ancienne greffière pourra toujours expliquer aux gens leurs droits qu’ils auraient pu faire appliquer s’il y avait eu un tribunal.

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